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Togo. Narration du 03 décembre 1991 par Roger Comlanvi Mawulolo Las

Togo. Narration du 03 décembre 1991 par Roger Comlanvi Mawulolo Las

3 décembre 1991: un mardi pas comme les autres…

Je n’avais pas 15 ans …

Il me fallait jouer à notre goalvi (petits poteaux), avec mes amis du quartier.

Notre terrain était juste situé entre la clôture de la paroisse « Bréman-Nyekonakpoè » et celle de ma maison en face de la Pharmacie du Temple derrière le Lycée Français de Lomé… Je crois qu’avec de telles précisions, vous ne pouvez vous tromper pour vous retrouver…Un terrain avec de la latérite rouge…

Au début, nous avions cru à des coups de tonnerre lointains avant que le crépitement des mitrailleuses ne vienne compléter le bruit.

Une maman cria avec force « D’éviya o mi ya ho mé loooooooo » (Les enfants rentrez à la maison.)

Et là, poteaux (cages comme on disait) et ballon tout fut laissé sur place. Les plus agiles ont franchi les murs soit de l’église, soit le nôtre, soit de la pharmacie…les autres ont démontré qu’Usaïn BOLT seul ne méritait pas le titre de l’homme le plus rapide de la planète…

Et pendant des heures ce fut un concert de bruit d’armes diverses.

A la longue, nos oreilles furent habituées à la chose mais nous restions enfermés dans nos chambres nous demandant bien ce qui se passait.

Radio Lomé nous diffusait de la musique militaire…

Le plus étonnant, c’est que des rumeurs allaient quand même de maison en maison et de pièce en pièce au gré des quelques téméraires qui osaient se rassembler le temps d’une accalmie.

Nous apprîmes que c’est la Primature qui était ainsi bombardée.

Ces téméraires disparaissaient à la vitesse de la lumière dès que les détonations reprenaient.

Nous apprîmes essentiellement :

– que les forces françaises venues du Bénin étaient sur l’océan en face de la primature prêts à descendre aider le PM et sa garde

– que des gens venus du Ghana par les égouts de Kôdomé et Togbatô venaient en renfort

– que des abeilles ont mis les « attaquants » en déroute

– que le Commandant EPOU (ou Capitaine, je ne sais plus trop) menait ses troupes avec brio

– que Toyi avait été tué

Nous ne pouvions distinguer le vrai du faux… Mais dame rumeur faisait son chemin…

Durant toutes ces phases, les gens supputaient sur la venue des Abrafo qui seraient en route depuis Kpélé et arriveraient à une vitesse supersonique pour délivrer leur fils qui depuis un moment pouvait piler avec Rosalie son foufou sur le carreau… (Rosalie, nou a gnon pété. Mia to foufou lé carreau dzi). D’autres encore pensaient fermement que le PM a disparu de la Primature et est apparu dans son village dans le Kloto. « Hé zi’n dobo fikê o gba va dam d’o ya ma »

Le soir au journal de 20 heures, nous voyons un Me Joseph Kokou KOFFIGOH alias Jo KOKO à Lomé 2, la mine apparemment déconfite, à côté du Général très souriant. Il nous a été dit qu’il a décidé de s’entendre avec le Général himself pour l’intérêt supérieur de la Nation Togolaise.

Oh peuple togolais, ton intérêt supérieur a toujours guidé tous tes politiciens de tous les bords…

Quand je pensais, qu’à l’époque nous tous on se coiffait à la « Wesley Snipes » juste pour ressembler à Koffigoh… Au coiffeur on disait : « Fais-moi KOFFIGOH »…

Quand je me souviens que le jour du choix de Jo KOKO comme PM, on nous avait dit en somme « Je regrette que vous choisissiez un avocat comme Premier Ministre. Etant du métier, je vous prie de ne pas choisir un avocat au risque de le regretter amèrement un jour… ». Ceci est un résumé des doutes qu’émettait à l’époque le célèbre avocat à la paire de lunettes sur la tête. J’ai nommé Me Dovi AHLONKO…

Quand je constate que c’est depuis ce jour que le processus démocratique togolais végète dans les bas-fonds. Depuis ce jour, le Général a repris la main qu’il avait presque perdu à la Conférence Nationale (souveraine ou « dite souveraine », je ne sais plus trop)

Quand je note qu’après ça, on a eu Soudou* (où l’allié d’aujourd’hui a failli passer de vie à trépas)…Un arrêt sur Soudou me fait verser quelques larmes pour le Docteur Marc ATIDEPE. Serait-il content de ce qui se passe aujourd’hui ?

Quand je pense que c’est après ça aussi que nous avons eu Tokoin Gbonvié où « ils nous tueront mais ne pourront tuer nos idées » a finalement été tué… Je veux nommer l’Ingénieur Informaticien de chez Matra devenu Secrétaire National du PSP (Parti socialiste panafricain) … Ayao Tavio AMORIN…

Quand je pense qu’on a eu la grève générale illimitée la plus longue du monde et que jusqu’à aujourd’hui on en est encore là…

Quand je pense que je continue de penser…

Que l’Éternel bénisse le Togo….

*Soudou : ville de l’intérieur du Togo où Gilchrist Olympio a subi un attentat contre son cortège

Roger Comlanvi Mawulolo Las

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