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Grand frère Faure, abdiquez!    

Grand frère Faure, abdiquez!    

Cher frère Faure,

Je vous adresse ces mots sans savoir si vous les lirez, et surtout si je serai toujours en vie lorsqu’ils vous parviendront. Parce que vous ne tolérez pas qu’on vous critique du haut de votre trône. Et vos sbires non plus n’aiment pas qu’on vous égratigne. Je sais ce qui est déjà arrivé à ceux qui ont déjà osé. Mais, je n’ai pas peur de prendre le risque, étant donné que tout est risque dans ce pays. Faire des études, c’est risquer de sortir chômeur à vie. Aller à l’hôpital, c’est risquer de mourir faute d’infrastructures adéquates. Vivre c’est risquer de mourir de faim. Militer pour l’amélioration de nos conditions de vie, c’est risquer un enlèvement ou un accident mystérieux, ou encore un assassinat dont nulle n’en saura les auteurs. Bref, nous risquons notre vie tous les jours dans ce pays, au point que je ne vois aucune raison d’avoir peur. Je vous dirai donc ce que j’ai sur le cœur, sans peur, sans pudeur, sans détour, mais surtout sans autocensure. Mon message est donc celui-ci : Abdiquez grand frère Faure !

Cher frère, vous vous demanderez sans doute qui est ce petit frère insolent, qui a osé risquer sa vie pour troubler votre tranquillité ! Ce petit frère a un nom : Marcel Yirkamba Akonaro. 27 ans, diplômé en journalisme, sans emploi, et surtout malheureux. Oui, malheureux parce que vous frère Faure avez échoué à nous donner le bonheur, depuis votre accession calamiteuse au pouvoir en 2005. Malheureux, parce que vous et votre père – votre famille donc – avez échoué à faire de nous des gens heureux en 50 ans de règne sans partage. Donc c’est un petit frère malheureux qui vous interpelle. Vous serez donc obligés de supporter le ton, qui ne sera pas celui des pantins et griots qui vous entourent. Mais un ton cru et enragé, parce que vous avez choisi de faire de nous le peuple le plus malheureux de la terre (l’ONU l’a dit à plusieurs reprises).

Cher frère Faure, l’objet de ma lettre, comme je l’ai déjà dit, c’est de vous demander d’abdiquer, de quitter le pouvoir ou plus exactement de dégager (c’est un malheureux qui vous parle, donc supportez la désinvolture. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai choisi de ne pas vous appeler « excellence », « président », mais grand frère). Depuis plusieurs semaines, vous êtes l’objet des pires contestations dans la rue. Pour votre information, je n’avais jamais manifesté auparavant. Je pensais que la politique ce n’était que l’affaire des Fabre, Olympio, etc. Mais depuis que j’ai compris que rien ne peut marcher pour moi si le pays est mal gouverné comme c’est le cas avec vous, je suis de toutes les manifestations. Et je le serai jusqu’à votre départ. Car nous peuple togolais méritons meilleure fortune que la misère dans laquelle vous nous contraignez à végéter. Nous méritons mieux que ces incompétents et arrogants qui vous entourent. Et nous ne saurons vous supporter longtemps encore… Vous devez donc dégager car il y a une myriade de raisons de dégager.

Dégagez grand frère Faure, parce que le peuple l’exige. Parce que le peuple ne vous aime pas. Il ne vous a jamais aimé, vous, votre père et votre clan. C’est par la force brute et la peur que vous avez toujours gouverné. Aujourd’hui la peur s’est transformée en courage. Vous n’avez plus d’autre choix que de respecter la volonté du peuple et vous en aller. Car dit-on, la voix du peuple c’est la voix de Dieu. C’est vrai que vous n’avez pas l’habitude de prendre en compte la volonté du peuple mais cette fois-ci, le peuple est décidé à vous faire respecter son choix. Et ce, quel que soit le degré de répression. Et si vous rechignez à vous en aller dans la paix, la crise va s’aggraver. Et ces scènes de guérilla urbaine que nous observons ces derniers temps dans la capitale et un peu partout dans le pays vont se multiplier, jusqu’à ce que le pays soit ingouvernable pour vous. Vous n’aurez alors qu’un seul choix. Sortir par la petite porte. Fuir. Vous exiler. Or, l’occasion vous est donnée, pendant qu’il est encore temps d’abdiquer et de conserver le minimum que nous pouvons vous garantir en tant que fils du pays, c’est-à-dire avoir votre place parmi nous, et circuler librement. Mais si vous nous poussez jusqu’à l’extrémisme, vous serez obligé de partir en exil, et je ne vous apprends rien sur la vie d’un exilé. Vous en avez tellement envoyé en exil que vous savez mieux que moi l’état d’esprit d’un exilé. Ne nous radicalisez donc pas. Abdiquez pendant qu’il est encore temps.

Vous devez dégager cher frère, parce que vous n’aimez pas ce pays. Vous ne respectez pas ce peuple. Quand on respecte son peuple, on lui parle. On ne se retranche pas dans sa tour d’ivoire et se murer dans un mutisme insolent. Lorsqu’on aime son pays, frère,on ne le honnit pas. On ne fait pas de lui une curiosité. Eh oui ! Vous faites de nous une curiosité dans le monde. Notre pays est devenu une attraction dans les facultés de droit et de sciences politiques en Occident. Car aucun érudit en droit ou en sciences politiques n’arrive à cerner votre régime. Mais au lieu de vous en rendre compte et vous en prendre à vous-mêmes, vous nous accusez de salir l’image du pays sur internet. Pour cela, à chaque appel à manifester contre vous, vous nous coupez la connexion internet. A ce propos j’ai une question frère : Entre vous qui volez, affamez, maltraitez et tuez votre peuple, et nous qui ne faisons que relayer vos actes pour montrer au reste du monde comment les choses se passent chez nous, qui honnit le pays ? C’est vous et vos copains. Et parlant de honte, je me demande comment vous supportez la honte lorsque vous vous rendez aux sommets internationaux où vous êtes une curiosité pour vos pairs. Pour votre honneur et dignité, abdiquez !

Oui, vous devez abdiquer. Vous devez abdiquer parce que le référendum que vous projetez organiser a déjà eu lieu. Et il a lieu chaque fois que le peuple envahit les rues pour vous contester. Et la question c’était « peuple togolais, veux-tu que Faure Gnassimgbé et sa clique continuent de te gouverner alors qu’en 50 ans de règne, ils n’ont fait que te piller, tuer, et rendu malheureux ? ». Le NON l’a toujours emporté à 200%. Donc prenez-en acte et abdiquez frère. Car il n’y a aucun mérite, aucune grandeur à continuer par s’imposer à un peuple qui vous vomit et honnit chaque semaine dans les rues. Si en 50 ans de votre règne, les Togolais ne nagent pas dans la paix et le bonheur, comment voulez-vous qu’ils n’aspirent pas à meilleure situation ? Et cela Frère Faure, passe par votre départ.

Vous devez quitter le pouvoir. Oui, vous devez le faire, parce qu’il y a une vie après le pouvoir. Après autant d’années d’un pouvoir usurpé, et avec un peuple qui vous pourrit autant la vie, vous devez être fatigué. N’est-ce pas le bon moment d’aller vous reposer? Récemment j’ai vu les trois derniers présidents américains (Clinton, Bush et Obama) sur une photo prise lors de la «President’sCup». J’avoue que cela m’a fait énormément plaisir de voir ces anciens présidents se comporter comme des citoyens ordinaires. Je veux la même chose pour vous. Ces trois hommes ne sont plus au pouvoir, mais ils demeurent célèbres et respectés. Tout le contraire de vous qui, malgré vos records de longévité au pouvoir, restez un anonyme, qui n’inspire rien ni personne. Je suis jeune journaliste, et comme vous le savez, tout journaliste rêve d’interviewer un jour le président de son pays. Mais moi je n’ai jamais rêvé de vous interviewer. Tout simplement parce que ça n’intéresse personne. Je préfère aller interviewer la tombe de Sylvanus Olympio, de Patrice Lumumba ou de Thomas Sankara, car eux, même morts, ils inspirent toujours respect et admiration. Ils n’ont pourtant passé que très peu de temps au pouvoir. Mais leurs noms sont restés à tout jamais gravés dans la pierre de l’histoire. A l’opposé, vous et votre père avez battu des records inimaginables de longévité au pouvoir. Mais personne ne dit du bien de vous, à part ces messieurs et dames de peu de valeur qui vous entourent et chantent à votre gloire. Pour cela abdiquez frère!

En décidant de vous interpeller, je n’ignorais pas le danger que comportait mon projet. « C’est du suicide Marcel !», m’a dit un ami. Je n’ignorais donc pas ce qui pourrait m’arriver : Une visite de vos services de renseignements ou miliciens, un accident mystérieux, un enlèvement suivi de tortures et de sévices, … Mais c’est volontairement que j’ai pris le risque. Quel que soit ce qui m’arrivera, je reste convaincu que ce peuple ira jusqu’au bout de sa lutte pour se débarrasser de cette dictature monstrueuse que vous incarnez depuis un demi-siècle et qui nous a causé tant de malheurs.

Je finirai par ces propos de Boris Vian, prononcés en d’autres circonstances mais similaires à mon cas : « si vous me poursuivez, prévenez-vos gendarmes que je serai sans arme et qu’ils pourront tirer »

En fraternité

Marcel Akonaro

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