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Faure Gnassingbé entretient la guerre des clans au sein de la présidence

Faure Gnassingbé entretient la guerre des clans au sein de la présidence

Il fait partie de ces nouveaux venus qui ont connu une ascension fulgurante avec l’arrivée de Faure Gnassingbé au pouvoir en 2005. Membre du cercle restreint des intouchables qui font la pluie et le beau temps dans le pays, son parcours à la tête des douanes togolaises a pris fin le mercredi dernier.

Pour certains, il a été limogé, pour d’autres, il aurait lui-même rendu le tablier à la suite d’une réunion houleuse à la Présidence en présence du ministre des Finances à la rigueur sélective Adji Otèth Ayassor. C’est donc par un décret pris en conseil des ministres que Faure Gnassingbé a éjecté son ami Marc Ably-Bidamon Dèdèriwè de la tête des douanes, mettant ainsi fin au bras de fer qui opposait ce dernier à son ministre de tutelle au sujet des dernières affectations.

Ingénieur des postes et télécommunications, ce natif de Tcharè dans la Kozah, marié comme Faure Gnassingbé  à une nièce de l’ex première dame, a gravi rapidement les échelons pour se retrouver à la tête de la société Togocell, poste qu’il a cumulé pendant un bon moment avec celui de la direction des douanes. L’ancien directeur commercial de Togotélécom se retrouvait donc entre deux bureaux, une anomalie de la gouvernance «Faure» que les journaux de la place ont dénoncée avec véhémence  avant que le «Prince» ne daigne lui trouver un remplaçant à la tête de la société de téléphonie mobile.

Catapulté à la tête des douanes le 3 mai 2006 en remplacement du Colonel  Bakali, Marc Ably-Bidamon Dèdèriwè a constitué avec Ingrid Ataféinam Awadé le duo infernal qui manipule à sa guise les recettes fiscales et douanières. Ce duo est devenu un trio avec l’arrivée au ministère de l’Economie et des Finances de Adji Otèth Ayassor, appelé à remplacer au forceps un certain Payadowa Boukpessi empêtré dans les malversations jusqu’au cou.

Dès sa prise de fonction, l’ancien Secrétaire général de la Présidence a fait preuve de rigueur avant de sombrer complètement dans les magouilles de toutes sortes. Comme le dit l’adage, on prend la couleur du milieu qu’on fréquente. C’est ainsi que Ayassor, au-delà de son air, d’un ministre rigoureux, a crée son propre réseau, devenant ainsi l’homme le plus puissant du pays. La plupart de ses collègues du gouvernement doivent lui cirer les pompes avant de se voir débloquer les fonds. Il snobe même le Premier ministre devenu un objet de décor pour le RPT. Entre Ayassor, Ingrid et Bidamon, tout allait bien jusqu’au jour où les deux premiers ont décidé de faire la peau au troisième jugé trop arrogant et suffisant.

Le front anti Bidamon a commencé avec la décision du ministre Ayassor de déployer les agents des services des impôts au cordon douanier afin que ces derniers puissent collecter directement la TVA. Une décision contestée tout suite par Ably-Bidamon en ce sens qu’elle est contraire aux normes de l’UEMOA, de l’OMC et même au code douanier.  Il se raconte que cette décision était en réalité rédigée par la dame des Impôts, et Ayassor n’a fait qu’obéir à celle qui est sa subordonnée, en apposant sa signature. Comment pouvait-il en être autrement pour un ministre qui appelle la Directrice des Impôts, qui est sous sa responsabilité, «maman», après les parties arrosées de «Sautez! Sautez!» au rythme endiablé des Toofan? C’est le paradoxe togolais où un ministre ne peut rien refuser à «Meiz» la grande sœur de valeur, comme on l’appelle.

Face donc au rouleau compresseur d’Ingrid Awadé, Ably-Bidamon qui se révèle un poids plume autour de Faure, n’a fait qu’avaler la couleuvre. On pensait qu’après ce premier couac la tension devait baisser entre les différents protagonistes, étant entendu qu’ils sont tous membres dela basse cour de l’ «Esprit nouveau». Mais c’est compter sans la volonté affichée de celle qui tient le pays et cherche à contrôler tous les circuits financiers.

Ably-Bidamon semble avoir compris le jeu. Il décide unilatéralement d’opérer des affectations au service des douanes, en violation flagrante des textes.   Une fois la liste des affectations rendue publique, Ayassor sort une note pour la déclarer nulle et de nul effet car les textes disent clairement que c’est le ministre qui nomme sur proposition du DG. Une couleuvre de plus pour Bidamon.

Pour Ingrid c’est la provocation de plus. Elle décide alors de s’attaquer frontalement à Bidamon en coulant l’un de ses amis, Monotrans, société au sein de laquelle selon certaines rumeurs, l’ex DG des douanes aurait des intérêts. Dans ce cas d’espèce, l’arme redoutable d’Ingrid est le redressement fiscal, comme ce fut le cas des intérêts des amis de Kpatcha. Le sieur Pierrot Akakpovi, DG de MONOTRANS  a qui les impôts réclamaient plusieurs milliards de franc CFA n’a eu d’autres choix que de prendre la poudre d’escampette. En vertu des pouvoirs conférés au DG des Impôts, ses sociétés sont mises sous scellés, les tonnes de ciment en transit saisies par les agents de l’ANR et vendues aux enchères et les employés, environ 450, renvoyés au chômage dans un pays où les populations vivent avec moins d’un dollar par jour.

Selon des sources concordantes, la tension au sein du trio était à son comble au point que les protagonistes se sont transportés chez leur bienfaiteur Faure Gnassingbé pour laver le linge sale non pas en famille, mais entre copains. Même à ce stade,  le «Prince» a eu de la peine à demander à ses valets devenus trop puissants de mettre la balle à terre. Le DG des douanes décide alors de bouder le groupe et surtout de ne plus répondre à certaines injonctions, notamment le renflouement en CFA d’une caisse noire logée dans une banque de la place en passe d’être privatisée. Ces fonds estimés à des milliards servent à alimenter les activités de désœuvrés qui ne cessent de demander à Faure la création d’un nouveau parti. Ils servent également à entretenir les chefs garnison, à corrompre les opposants, les journalistes, etc. Ils servent à organiser des soirées très arrosées au champagne avec des concerts privés au cours desquels certaines  personnalités sont obligées d’esquisser des pas de danse pour faire plaisir à la reine des lieux.

Sous prétexte qu’une partie de ses recettes versées sont mutilées avant que le reste ne soit acheminé à la banque centrale, Bidamon prend la décision incongrue, on ne sait sous le conseil de qui, de publier mensuellement les chiffres qualifiés de record des douanes. Des journaux ont été sollicités à coup de billets de banque pour s’occuper de ce qui semble être un marketing mal ficelé.

Il est difficile de croire que cette opération répondait à un souci de transparence, tant le sieur Bidamon a passé six ans à la tête des douanes sans jamais publier le moindre chiffre. De plus, dans aucun pays au monde, le souci de transparence ne conduit une structure de l’Etat à mettre dans les journaux les chiffres réalisés sans l’accord du ministère de tutelle. Pour certains observateurs, ces chiffres ne reflètent en rien la réalité, dans ce sens qu’ils trouvent curieux que les douanes béninoises  font mensuellement le double affiché par les Togolais.

Qu’à cela ne tienne, la publication de ces chiffres était la provocation de plus pour les détracteurs du DG des douanes. Ceux qui avaient géré ce secteur avant lui et qui déclaraient des chiffres microscopiques  trouvaient que ces manœuvres avaient pour objectif de les présenter comme des voleurs. Pour le pousser à la faute afin de s’en servir pour l’éjecter, Ayassor prit un arrêté fixant les nouvelles affectations au service des douanes sans l’accord du DG, comme l’exigent les textes. Ce dernier rejette l’arrêté et empêche les nouveaux venus de prendre fonction. Les choses s’envenimèrent entre les deux hommes, au grand bonheur des journalistes «bitosard». Après des tergiversations symptomatiques d’un manque d’autorité au sommet de l’Etat, Faure a été obligé de lâcher Marc Ably-Bidamon.

Pour Ingrid ou «Meiz» la grande sœur de valeur, c’est une victoire qu’on arrose au champagne. En plus des Impôts, elle peut désormais étendre son insatiable empire de racket aux douanes. Quant à Bidamon, en six ans de règne à la tête des douanes après un autre séjour juteux à Togo Cellulaire, il s’est énormément embourgeoisé avec des comptes bien garnis, des palaces dans les quartiers à Lomé et des appartements à l’extérieur.  Il ne pouvait en être autrement parce qu’il a réussi aussi à mettre sur pied un réseau de prévarication aux douanes chapeauté par son bras droit AGBENDA, chef informaticien, le seul a avoir accès au logiciel SYDONIA et à pouvoir manipuler les données. Son éviction et son remplacement par ADEDJE Kodjo Sévon-Tépé permettront-ils de tourner définitivement la page des pratiques de corruption et d’évasion des recettes?

Difficile de le croire même si de l’avis de certains, le nouveau venu est un bosseur. On se rappelle que le sieur ADEDJE, responsable de la BNIR (Brigade nationale d’intervention et de recherche) avant l’arrivée de Bidamon aux douanes était un bras droit du Colonel Bakali, de même que feu inspecteur Kitéma. Le fait même de nommer le DG et son adjoint par décret présidentiel met les deux personnalités sur les mêmes pieds d’égalité et cela n’augure rien de bon au sommet de cette structure.

En définitive, l’éviction du sieur Bidamon n’est que le résultat d’une guerre sans merci autour de Faure Gnassingbé pour le contrôle des deniers publics. C’est en somme un groupe de prévaricateurs qui ont réussi à mettre dehors un des leurs devenu trop arrogant, suffisant et refusant de respecter les règles qui déterminent le jeu de siphonage des ressources de l’Etat, pour le grand malheur des Togolais  qui continuent de végéter dans une misère ambiante. Ingrid et Ayassor ont réussi à mettre Bidamon à la touche même si ce dernier peut rebondir ailleurs. Les deux peuvent-ils désormais faire le chemin ensemble? Rien n’est moins sûr parce qu’il existe des raisons extraprofessionnelles qui pourront mettre le feu aux poudre entre ces deux personnalités, et ce n’est qu’une question de temps.

Affaire à suivre

Ferdi-Nando

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