Partager
Ces biens mal acquis qui déchirent la fratrie Gnassingbé

Ces biens mal acquis qui déchirent la fratrie Gnassingbé

En France, il a été souvent question des biens mal acquis de plusieurs dirigeants africains. L’activisme de certaines associations de la société civile en France, notamment Survie, Transparancy International, soutenues par des juges courageux a mis à mal les relations entre la France et certains pays africains.

 

En France, il a été souvent question des biens mal acquis de plusieurs dirigeants africains. L’activisme de certaines associations de la société civile en France, notamment Survie, Transparancy International, soutenues par des juges courageux a mis à mal les relations entre la France et certains pays africains.

 

Omar Bongo Ondimba, Sassou Nguesso, Obiang Nguéma, Paul Biya étaient régulièrement sur la sellette et s’offusquaient  de ce que leurs mentors français respectifs ne faisaient rien pour arrêter ce qu’ils appellent un lynchage médiatique.

 

 

Le 28 septembre dernier, 11 supers cars appartenant au fils du dictateur Equato-guinéen ont été saisis par la police française sur demande de Transparancy International. La valeur de l’ensemble de ces voitures rares est estimée à plusieurs millions d’euros, c’est-à-dire à des milliards de francs CFA.  Parmi ces voitures de rêve se trouvent 2 Bugatti Veyron, 1 Ferrari Enzo, 1 Ferrari 599 GTO, 1 Maserati MC12, 1 Aston Martin V8 600LM, 1 Rolls-Royce Phantom Drophead Coupé, 1 Porsche Carrera GT, 1 Bentley Azure, 1 Bentley Brooklands Coupé, etc. Selon le rapport de la Cellule Anti-Blanchiment française, «Ces voitures seraient des placements susceptibles de traduire le blanchiment du produit d’un détournement de fonds publics».

 

Feu Eyadèma a aussi régné d’une main de fer sur le Togo pendant 38 ans et son fils Faure Gnassingbé use des mêmes méthodes pour perpétuer la tradition. Seulement, aussi curieux que cela puisse paraître, aucune action en France n’est engagée contre la famille Gnassingbé ni par la diaspora, ni par les Ong  pour des biens mal acquis. Et pourtant les traces ne manquent guère. Eyadèma et ses fils étaient-ils trop discrets au point de n’avoir pas pu attirer l’attention des Ong? Ou bien le soutien indéfectible de son ami Chirac à qui il envoyait les marabouts lui a-t-il permis de passer entre les mailles du filet? Ou encore est-ce parce que le Togo ne représente pas grand-chose dans la Françafrique qu’on n’en parle pas?

 

Toujours est-il qu’en 2003, l’un des fils de Feu Eyadèma connu pour son extravagance et ses prodigalités a été appréhendé en France pour vol et trafic de voitures. Des voitures volées qui étaient stockées dans l’appartement d’Eyadèma à Paris. A l’époque, le Président Jacques Chirac qui recevait régulièrement les milliards du Togo a tout fait  pour éviter au fils de son ami personnel la prison. Ce dernier avait regagné incognito Lomé. Il est donc de notoriété publique que Feu Eyadèma possédait des biens en France et qu’à son tour son fils Faure en a aussi acquis ces dernières années avec l’argent des contribuables togolais. Quant à ses amis «Chaminadois» et autres intimes qui tiennent les régies financières du pays, c’est à la Défense, un quartier huppé de Paris qu’ils achètent à tour de bras les appartements (nous y reviendrons en détail).

 

Pour revenir au cas d’Eyadèma, il est évident, au regard du déballage au cours du procès, que c’est sa colossale fortune, en fait les biens du Togo passés dans le privé qui est au centre de la guerre à mort entre Luc Kpatcha Gnassingbé et son frère Faure Gnassingbé. Cette fortune qui suscite tant de convoitises non seulement parmi la pléthore des rejetons dont la plupart n’ont aucune qualification, mais aussi des barons qui à l’époque étaient dans l’intimité du Timonier. Parmi ces comptes bancaires disséminés un peu partout dans le monde, il existe un particulièrement qui se retrouve au cœur de la lutte à mort entre Kpatcha et Faure, avec tout le corollaire de tentative de coup d’Etat qui, en réalité, n’était qu’un alibi de l’un pour éliminer l’autre. Malheureusement avant de quitter le monde des vivants, Eyadéma était déjà trop conscient de ce qui devait arriver dans sa grande famille qui n’en était une que de nom, tant les enfants de mères différentes n’ont jamais appris à vivre ensemble.

 

La colossale  fortune de Lausane en Suisse au cœur d’une lutte à mort

Le «vieux» savait mieux que quiconque que ses progénitures  qui n’ont jamais appris à travailler ou à faire de très bonnes études nonobstant les opportunités, devraient s’entre-déchirer après sa disparition. Les signes précurseurs de cette guerre étaient perceptibles de son vivant. Quelques jours avant le 5 février, Eyadèma malgré son état de santé inquiétant s’était rendu au sommet de l’UA à Abuja au Nigéria. Là, il a rencontré Edem Kodjo, un habitué de ce rendez-vous. Pour le retour, il aurait alors insisté pour que l’ancien Secrétaire Général de l’OUA qui avait rallié Abuja de ses propres moyens, regagne le pays à bord de l’avion présidentiel.  Dans l’avion qui les ramenait au pays, Eyadèma aurait longuement échangé avec Edem Kodjo, d’abord sur son état de santé, ensuite sur les problèmes de sa famille, notamment les bisbilles entre Kpatcha et Faure. Arrivés à Lomé, les deux hommes auraient convenu de se revoir pour en discuter davantage mais Edem Kodjo, selon certaines sources, n’aurait plus eu le temps de le revoir avant la « catastrophe » du 5 février. En prenant la Primature en 2005 après les sanglants événements d’avril de la même année, Edem Kodjo,  se serait décarcassé pour régler les tensions entre les deux frères, mais il n’a pas pu réussir à rétablir la paix dans la famille tant les enjeux étaient énormes et les clans décidés à s’affronter.

 

Huit (08) mois avant la «catastrophe nationale», Eyadèma posa un acte sur l’un de ses comptes en Suisse, et particulièrement dans une banque à Lausane, et ceci est la source du conflit aujourd’hui. Le 24 juin 2004, c’est en toute discrétion que le Boeing présidentiel s’arrache de l’aéroport de Lomé, direction Milan en Italie. Très affaibli par la maladie, le vieux se rendait alors en Italie pour une opération très délicate. A bord de l’avion, outre Eyadema lui-même, se trouvaient Lamy Agbèrè sa dernière et préférée épouse avec ses deux enfants, Luc Kpatcha Gnassingbé, Faure Gnassingbé, Pitang Tchalla, ministre de la Communication, Général Zoumaro Gnofame, ministre de l’Environnement, Barry Moussa Barqué, éternel et inusable conseiller, Charles Débbasch, conseiller spécial, mercenaire à col blanc, spécialiste de charcutages constitutionnels, Michel Restou, le commandant de l’avion présidentiel et tout le reste du bataclan ( cuisinier, majordome, standardistes etc). C’est une forte délégation présidentielle qui arrive à Milan. Le Timonier fut alors admis dans un hôpital d’une très grande renommée appartenant à la communauté catholique qui gère l’Hôpital Saint Jean de Dieu d’Afangnan au Togo et celui de Tanguiéta au Bénin. Il devait suivre une opération très délicate. Certains évoquent un cancer de la gorge, et d’autres de la prostate. Mais toujours est-il qu’avant l’opération, Eyadèma aurait demandé à ses médecins ses chances de survie après l’opération.

 

Ses derniers lui auraient répondu, selon leurs pronostics,  qu’il n’avait qu’une seule et unique chance: 50%. La veille de l’opération, Eyadema fit appel à Michel Restou, le commandant de bord et lui demande s’il est possible de changer le plan de vol retour. Ce dernier aurait répondu par l’affirmative. Eyadèma lui donna alors des instructions de modifier le plan de vol retour avec une escale dans la ville de Lausane en Suisse. Le « Baobab » annule alors l’opération et quitte la ville de Milan pour la Suisse. Une fois à Lausane, la délégation s’installa dans un grand hôtel de la place. Accompagné de son notaire de nationalité suisse, il se rend à la banque pour d’abord opérer d’importants virements de fonds sur le compte de Lamy Agbèrè son épouse ; et ensuite le plus important, il passa les signatures de Faure et Kpatcha sur les comptes. En clair, l’un ne peut faire des opérations sur ces comptes sans la signature de l’autre. Il faut donc obligatoirement les deux. A combien est alors estimée la fortune d’Eyadéma dans cette banque de Lausane ? Certaines sources parlent de 3200 milliards F CFA, d’autres 3700 milliards voire 4000 milliards. De toute façon, si on a pu prélever 29 milliards sur les avoirs d’Eyadèma pour la campagne électorale de 2010, c’est qu’il y en a assez. Cette obligation de la double signature explique la tragédie que vit aujourd’hui cette famille et la prise en otage du pays.

 

Comprendre la tentative d’assassinat de Kpatcha Gnassingbé le 12 avril 2009

Selon des sources concordantes confrontées à d’autres par la rédaction de L’Alternative, la fortune d’Eyadéma fruit d’un pillage en règle du Togo est disséminée partout dans le monde. Singapour, Îles Caïman d’où est venu un mystérieux groupe qui exploite les mines de Bassar, Suisse, France, Afrique du Sud, Allemagne, Vatican etc sont les différents points d’attraction de la fortune du Timonier. Au cours du fameux procès d’atteinte à la sûreté de l’Etat, Essolisam Gnassingbé rapportait que Kpatcha Gnassingbé lui a dit que leur frère Faure changeait en son nom la fortune de leur défunt père. «Ainsi lorsque Faure Gnassingbé va en visite officielle en Chine et fait une escapade ni vu ni connu à Singapour, ce n’est pas pour le bonheur des Togolais, mais  pour ses affaires personnelles», a déclaré un homme du sérail avant d’ajouter: «Il a  réussi à devenir en Afrique du Sud l’actionnaire principal d’une banque qui est également dans la téléphonie mobile.»

 

Parlant des fonds qui dorment dans les caves du Vatican, nos confrères de «Tribune d’Afrique» évoquent la bagatelle de 29 milliards FCFA, mais selon une source bien renseignée, la somme pourrait être le double. Des actions sont également localisées en Bavière en Allemagne sans compter la firme Mercedes. Le « Leader nouveau » a presque réussi à mettre la main sur tous les avoirs de leur défunt père. Seuls les comptes de Lausane qui représentent la plus grosse fortune échappent pour le moment à son contrôle. Est-ce la raison pour laquelle Kpatcha Gnassingbé estime que l’attaque de la nuit du 12 au 13 avril visait son assassinat?

 

Tout porte à le croire, car selon un expert de la finance, dans un tel cas de figure, pour pouvoir avoir accès à la fortune, il faut que l’un donne une procuration à l’autre, ce qui est impossible actuellement,  ou que l’un des deux signataires décède et que son certificat de décès soit présenté en bonne et due forme à la banque. Selon des informations relayées par plusieurs confrères, des agents de l’ANR du tristement célèbre Tonton Macoute togolais Yotroféi Massina auraient infiltré la prison civile de Lomé. A quelle fin?  Certains craignent un empoisonnement de l’ancien ministre de la Défense. Quant au célèbre prisonnier lui-même, il aurait dit au chef de prison: «Ma vie est entre tes mains».

 

Cette fortune de feu Eyadema aiguise aussi les appétits de certains barons du RPT qui se considèrent comme ses fils adoptifs. C’est d’ailleurs cette visée qui a poussé la plupart d’entre eux à opter pour la succession héréditaire, avec l’espoir de manipuler les enfants pour faire ensuite main basse sur les fonds. Mais mal leur en a pris, et ils ruminent aujourd’hui en silence leurs récriminations.

 

Peut-on rapatrier les fonds d’Eyadema?

A priori cela peut se faire, comme c’est le cas actuellement des fonds de Sani Abacha ; il suffirait que le Togo répertorie les traces et démontre que cet argent est le fruit d’un pillage du pays. Seulement voilà, ceux qui gouvernent le Togo n’ont pas changé. Rapatrier les fonds suppose qu’on remette l’argent dans les mains des héritiers du prévaricateur. Mais selon un acteur de la société civile et des Togolais de la diaspora, il est possible de récupérer ces fonds sans les restituer au pouvoir actuel. Aussi bien au niveau de la société civile, dans la diaspora que dans certains partis politiques, on s’apprête à lancer une pétition pour exiger auprès des partenaires et surtout des banques des pays concernés, le rapatriement des fonds d’Eyadéma. Des juristes et autres économistes seraient déjà mobilisés à cet effet. Le Togo pourra ainsi bientôt rejoindre le Gabon, la Guinée Equatoriale, le Congo, le Cameroun dans la rubrique des biens mal acquis. De quoi troubler dans les prochains jours le sommeil du jeune monarque togolais.

 

Comme on le voit, la condamnation de Kpatcha Gnassingbé et la confiscation de ses biens permet à Faure d’être le seul maître du bateau, mais cela ne règle pas la question de la fortune de Lausane, et c’est là que les proches de Kpatcha Gnassingbé s’inquiètent pour sa vie. Finalement, cette histoire de coup d’Etat se revèle un canular.

Bon à suivre.

 

Ferdi-Nando

{jcomments on}