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Les Gnassingbé: Une dynastie aux trahisons fratricides

Les Gnassingbé: Une dynastie aux trahisons fratricides

 

«Ah! Seigneur! Donnez-moi la force et le courage de contempler mon cœur et mon corps sans dégoût!» Charles BAUDELAIRE, dans Les Fleurs du mal, nous convie à un examen de conscience pour répertorier au fond de nous-mêmes ce que nous portons comme horreurs, abominations, sacrilèges et dont la croix dénature notre situation d’homme.

 

«Ah! Seigneur! Donnez-moi la force et le courage de contempler mon cœur et mon corps sans dégoût!» Charles BAUDELAIRE, dans Les Fleurs du mal, nous convie à un examen de conscience pour répertorier au fond de nous-mêmes ce que nous portons comme horreurs, abominations, sacrilèges et dont la croix dénature notre situation d’homme.

Nos travers, nos petitesses, nos manquements aux valeurs humaines, notre volupté forment en nous la chaîne de notre propre démolition et nous ensevelit au jardin de l’infamie.

Notre regard sur nous-mêmes, pour peu qu’il soit intelligent, nous renseigne  sur notre vie, notre passé, notre présent et notre avenir nous apparaît dans l’esquisse d’un engagement à grandir ou à reprendre nos convictions anciennes quelles qu’elles soient. Parfois, les événements eux-mêmes nous ouvrent les yeux pour nous exposer à notre propre ignorance et nous contraignent à palper les résultats désastreux auxquels ils nous conduisent.

Aujourd’hui, la famille GNASSINGBE se produit en un spectacle populaire qui lui confère un rang peu enviable. Personne ne peut en être un admirateur. La flamme de l’adversité qui consume les GNASSINGBE sur des bases de privilèges et de jouissances  matérielles, nous impose à repenser le capital des valeurs immuables  qui construisent le sentiment d’appartenance à une famille. Le sens du sacré qu’elle véhicule dans notre représentation morale a pour socle l’éducation. Mais, l’éducation quelle que soit sa force, sa dimension ne nous dispense guère des rivalités et des problèmes de présence ou de  leadership. Tout au moins, elle permet de donner un visage humain aux dissensions familiales, pour une gérance douce des divergences et susceptibilités qui finissent par se ramollir de leurs aspérités. Les problèmes de famille sont normaux parce qu’ils expriment notre condition d’homme aux désirs et sensibilités multiples. C’est la manière de résoudre ces problèmes qui peut être intelligente, démentielle ou satanique.

L’héritage  de trente-huit ans d’EYADEMA au pouvoir a gorgé les veines de sa descendance d’une suffisance à croire qu’à sa mort le pouvoir est à elle, c’est-à-dire un legs que les enfants doivent défendre à l’unisson, à coup d’épée et se partager les jouissances.

Ce faux raisonnement que certains collaborateurs du défunt père ont défendu avec l’appui de certains hauts gradés de l’armée constitue le vrai poison qui décime les enfants d’EYADEMA. L’acquisition des privilèges par la force ou le passage en force qui caractérise le régime est le moule  avéré de l’éducation, de la formation de la descendance du «Timonier». Ce déterminisme éducationnel est la source du mal qui engloutit toute la famille. Le combat ne fait que commencer. Il va être long et âpre et même sanglant. C’est le pire des diables parmi eux qui survivra. Voici ce que BEAUMARCHAIS observe à ce sujet dans Le Barbierde Séville: «Aujourd’hui, ce qui ne vaut pas la peine d’être dit, on le chante» dans la famille GNASSINGBE  et sur la place publique.

Que reste-t-il d’une famille lorsque ses secrets embrasent les journées d’un peuple?

Lequel des GNASSINGBE  peut-il contempler le fond de son cœur et se sentir fier de lui-même?

N’y-a-t-il pas un lourd préjudice au peuple togolais des retombées de la jungle des GNASSINGBE?

1) Repères et principes  d’identité des GNASSINGBE

Ceux qui ont la force d’éduquer  leurs enfants avec fermeté et amour dans la vérité, sont supposés avoir été dans le même moule et n’ont jamais la faiblesse de pourrir leurs enfants  dans le laxisme et des faveurs inouïs qui font renoncer à la vertu, aux valeurs de l’effort. Le peuple togolais fut témoin des frasques et escapades des rejetons du «Timonier» avec la bénédiction ou l’accompagnement de ce dernier. Du plus grand au plus petit de la parentèle, il leur a distribué des couronnes des roitelets. Les dérapages provocateurs et sanglants des enfants avaient l’onction du père. Qu’il s’agisse d’Ernest, de Yéma, de Kpatcha, de Rock, de Faure, de Mey… leurs désirs furent le soleil de notre cité. Nous savons avec certitude le rôle d’Ernest dans l’attentat de Soudou, dans l’organisation du drame de la Lagune de Bè ; nous avons connaissance des exactions répétées qu’il a menées contre les populations civiles du Sud comme du Nord. Personne ne peut nier la responsabilité de Kpatcha, de Faure dans les massacres des civils en 2005. La licence que le père a livrée  aux enfants pour le passage en force et l’arbitraire a détruit dans le psychisme de ses rejetons ce que Freud nomme la censure, c’est-à-dire la capacité de rétention et le temps d’analyse de l’acte moral.

Quand  il n’y a plus de censure dans l’armature psychologique de l’individu, tous les rêves sont pris pour des réalités, le principe de réalité se confond avec celui de rêve. Le désir du mal est au galop dans son exécution parce que l’élément psychologique de la rétention qu’est la censure a disparu. Le thanatos ou l’instinct d’agressivité, du mal s’enfle pour dominer le sujet  abîmé dans sa formation, dans sa socialisation et dans son cursus éducationnel. Sur le plan de l’éducation, EYADEMA a fait de ses enfants des monstres dont les résultats culminent avec les événements d’Avril 2005 où la Ligue Togolaise des Droits de l’Homme (LTDH) dénombre près d’un millier de morts.

L’absence de norme dans le psychisme de l’homme l’expose à des extravagances. C’est  pourquoi les enfants d’EYADEMA  sont privés d’humilité et de sagesse. L’extravagance entretient des jouissances charnelles, dionysiennes  et nous assujettit au pouvoir d’argent. Quand la vie se réduit aux valeurs matérielles, les conflits d’intérêt sont inextinguibles, féroces, aux frontières du chaos. La force brute, le passage en force ne sont pas les meilleurs sédiments de l’éducation, de la formation de la personnalité.

2) Les raisons de la chute des GNASSINGBE

On ne fait pas les enfants avec le sexe et l’argent, mais, plutôt  avec les yeux de l’esprit.  La fortune et le sexe sans la candeur de l’esprit fabriquent la délinquance. Celle-ci est un facteur opposant aux fondements de toute organisation sociale; elle n’aide  aucune famille à avoir son statut. C’est pourquoi, l’éminent ethno-sociologue Claude Lévi STRAUSS, dans Les structures élémentaires de la parenté, nous situe sur les fondements logiques qui construisent la famille. Le sentiment familial et la raison de son intégration s’élaborent dans une histoire commune de partage, de solidarité, de respect mutuel, de fidélité dès le bas-âge dans un creuset unique qui a ses principes, ses croyances. Il ne suffit pas de porter un nom, un patronyme pour appartenir à une famille. Même le code génétique ne sert  à grand-chose pour avoir la sensibilité familiale. Le sentiment d’appartenance à la communauté familiale est une éducation, une culture, une histoire commune qui engage les membres  dans des sacrifices énormes. Le sang est un facteur minime et peut-être nul dans la notion de famille. C’est pourquoi l’adoption, dans une vraie histoire commune, a une assise sentimentale et familiale meilleure aux rapports de consanguinité. Le sang n’est qu’un possible, un potentiel. Il doit être imbriqué dans une histoire affective pour bâtir la famille. Or, la distance affective de ceux qui sont supposés être proches de nous par le sang est un péril.

Le spectacle désolant auquel nous assistons, nous montre qu’EYADEMA a fait des enfants sans construire une famille. Il a jeté ici-bas un agrégat d’individus avec un harem multi-hétéroclite. Les enfants ont grandi dans des cloisons presque étanches avec leurs mamans au cabinet monoparental, dans la souffrance muette. Sans une véritable histoire commune, ils sont rassemblés à l’âge adulte sur la base de la fortune et du statut de leur géniteur pour s’identifier à une famille. Comment ne pas assister dans les rangs d’une telle famille à des rivalités meurtrières, à un dessèchement sentimental et moral?

En outre, les enfants n’ont pas de grandes formations qualifiantes qui puissent leur conférer une autonomie de la raison et une autonomie financière. La source de la haine viscérale entre eux, c’est l’héritage du père ou plutôt les biens de la République passés dans le domaine privé. C’est au  nom de cet héritage qu’ils ont massacré la population civile en avril 2005 au Togo. Aujourd’hui, ils sont dans la chaîne alimentaire, telles des bêtes sauvages à l’intérieur de leur propre descendance. Ils n’ont pas d’état d’âme ni de sensibilité dans un monde de violence et de rapine qui les caractérise et qui fait partir d’un héritage entier. Même le sens du pardon et des excuses font partie de l’éducation, de la formation morale, de la sensibilité éthique et de l’amour. Dans L’ennui des lois, Maurice BARRÈS nous montre toute la grandeur du cœur de l’homme: «Ce n’est pas la raison qui nous fournit une direction morale, c’est la sensibilité». Un cœur vide est lourd de dettes. Ce qui le remplit de richesse, c’est l’éducation, c’est l’amour!

3)  Un homme, un pouvoir, un bâton de commandement

L’illusion d’une gestion commune du pouvoir avait hanté l’esprit naïf de la progéniture du «Guide éclairé». Selon Roger-Gérard SCHWARTZENBERG dans son œuvre L’Etat spectacle, le pouvoir n’est qu’un «One man show». La science politique parle toujours d’un fauteuil présidentiel et non d’un banc pour le président de la République. Ceux qui ont aidé les enfants d’EYADEMA à faire du Togo une dynastie en immolant sur l’autel des dividendes du pouvoir un millier de Togolais, ont scellé définitivement le sort des GNASSINGBÉ. Les contributeurs de l’effusion de sang, dans leurs réclamations, ne seront jamais satisfaits en ce que celui qu’ils ont installé ne peut se dessaisir à leur profit. Le pouvoir est un tourbillon qui rend fou. Il cherche à éliminer ceux qui se hasardent à y être trop regardants. Ceux qui s’y rapprochent sont plus des hypocrites que des dévots. La particularité de la dictature est l’excès de prudence qui, vite, devient le pouvoir du soupçon. Il en résulte une  guerre préventive qui consiste à tuer pour ne pas se faire attaquer, à surprendre pour ne pas être inquiété, à supprimer l’autre pour se préserver. Ainsi, s’installe l’arbitraire qui menace plus les alliés d’hier que les opposants. Mettons-nous à examiner ceux qui ont installé Faure dans leur vie d’aujourd’hui. Ils sont en train de payer centime pour centime pour les marques de fidélité naïve affichée et détendue au bazooka pour une mémoire perdue d’un chef disparu contre notre Constitution. Tous ceux qui à leur corps défendant, pour des appétits voraces, ont tué des paisibles citoyens togolais pour une utopie de gestion collégiale  du sceptre de l’autorité monarchique, ne peuvent jamais être en odeur de sainteté avec le prince. C’est ce qu’on appelle la réalité du pouvoir à travers toute l’histoire: celui qui tue pour le pouvoir, tuera, y compris le souverain, pour le pouvoir.

Que personne ne s’étonne des extrémités de la lutte fratricide au Togo pour le fauteuil. Les règles logiques de la prise du pouvoir sont fausses. Les conséquences seront désastreuses dans la mesure où les empires se conservent comme ils se conquièrent. Une fois que les hommes sortent de l’Humanité pour leurs intérêts particuliers, il leur est parfaitement impossible d’y retourner. Ils demeurent dans la logique des travers quand la force ne s’érige guère en rempart pour les contraindre et les vaincre. Les hommes brutaux ne renoncent jamais d’eux-mêmes à leurs forfaits. L’inclinaison à la violation des Droits humains fait partie de leur histoire personnelle, c’est-à-dire de leur armature psychologique de leur personnalité de base.

Ceux qui pensent qu’un jour le «Nouveau leader» peut changer, se méprennent sur les hommes. De même, ceux qui croient que ses frères finiront par lui coller la paix sont une chimère. Cette folie de l’intolérance a sonné le glas de la disparition des GNASSINGBE. La flamme de l’horreur qui les consume, aura une durée de vie sur trois générations sans un résidu d’espoir.

Le Togo est dangereusement mêlé à une guerre qui, a priori, ne le concerne en rien. Une histoire de famille ne saurait revêtir une dimension nationale. Mais, lorsqu’elle est enchevêtrée de rivalités meurtrières d’une succession monarchique du pouvoir, la volonté populaire est sollicitée. Le jugement et l’esprit national militent pou le départ du pouvoir de Faure Gnassingbé et de toute la descendance.

EYADEMA a passé trente huit ans au pouvoir avec la peur au ventre de se faire assassiner. Or la peur a pour fonction psychologique d’inhiber l’intelligence, de contrarier l’effort, de contracter l’élan. Les résultats de sa gestion du Togo sont d’une nullité proverbiale, une honte nationale. L’«Esprit nouveau» est dans la même psychopathologie d’une mort subite. Notre retard en matière de progrès est si énorme que nous avons franchement mieux à faire que nous focaliser sur la petite vie d’une famille. Diantre ! Nous voulons être heureux et fiers d’être enfin des Togolais.

Didier Amah DOSSAVI

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