Partager
Faure Gnassingbé lâche son «père» Kadhafi pour faire plaisir à Sarkozy

Faure Gnassingbé lâche son «père» Kadhafi pour faire plaisir à Sarkozy

Le Togo a reconnu samedi le Conseil National de Transition (Cnt) de Libye «comme seul représentant légitime du peuple et des intérêts de la Libye», a indiqué un communiqué du ministère des Affaires étrangères.

Le Togo a reconnu samedi le Conseil National de Transition (Cnt) de Libye «comme seul représentant légitime du peuple et des intérêts de la Libye», a indiqué un communiqué du ministère des Affaires étrangères.

Cette déclaration a étonné plus d’un observateur de la vie politique togolaise par son côté cynique et machiavélique. Nombreux sont ceux qui  pensaient que le régime de Faure Gnassingbé ferait partie des derniers Etats africains à reconnaître le Cnt en souvenir des relations particulières qui unissaient le Guide de la Jamahiriya arabe libyenne au clan des Gnassingbé au pouvoir au Togo.

Le maître de Tripoli n’est certes pas encore (officiellement) tombé entre les mains des rebelles, écrivions-nous dans notre parution N°1035 du 23 août passé, que déjà, c’est l’effervescence dans les grandes capitales du monde. Chacun veut se positionner pour le partage du butin et les discussions autour de l’avenir de la Libye vont bon train dans les couloirs des palais occidentaux. « L’Otan et ses alliés, notions-nous, semblent avoir une longueur d’avance sur les autres qui n’ont pas su saisir l’histoire en marche (…). Faisant sien le diction «il n’est jamais tard pour mieux faire »,  plusieurs pays arabes se sont empressés de reconnaître le Cnt. Bien sûr, après la chute presque certaine du Guide libyen». Aujourd’hui c’est  au  tour des pays africains de rentrer dans la danse, le Togo en tête.

Le Togo a annoncé samedi qu’il reconnaissait le Cnt l’organe politique de la rébellion libyenne comme «seul pouvoir légitime en Libye». Selon les mauvaises langues, cette décision a été prise à la suite de critiques acerbes formulées par un chef de parti politique à propos du silence du pouvoir  de Lomé II sur la situation en Libye. Faut-il en rire ou en pleurer?

Depuis le règne du père Gnassingbé jusqu’à celui de son fils aujourd’hui, Kadhafi a toujours été au chevet du régime Rpt au grand dam du peuple togolais qui, comme le peuple libyen aujourd’hui, lutte pour sa libération des mains d’un régime prédateur et prévaricateur. Les «kadhafidollars» n’ont jamais fait défaut au régime togolais et l’organisation à Lomé en  2000, du 36ème sommet de l’Oua, (actuelle UA) est là pour le démontrer.

Le Guide, très paternel et mégalomane, s’était même fait très présent dans le mélodrame familial qui a déchiré la famille régnante du Togo, une crise qui sera maquillée plus tard en tentative de putsch et conduira  Kpatcha Gnassingbé, l’un des protagonistes, derrière les barreaux de l’Anr. En cette occasion, pour éteindre le feu qui menaçait de consumer la maison Rpt, Kadhafi va peser de tout son poids et user de son influence pour que le différend entre les deux fils se règle en famille afin de préserver les intérêts du système suranné qui régente le Togo. Combien de voyages Faure Gnassingbé n’a-t-il pas effectués en Libye en vue de recevoir les «sages conseils de son père Kadhafi (sic)»? Mais aujourd’hui, beaucoup d’eau a coulé sous le pont et les rapports de force ont changé de camp. Il y a dans ce contexte, de quoi décider Faure Gnassingbé lui aussi à changer de «père» et se positionner par rapport à la nouvelle cartographie géopolitique qui est en train de se dessiner . Après Kadhafi, qui sera le prochain «père» du fils de la nation? Est-ce Nicolas Sarkozy ou Barack Obama?

Après avoir profité des pétrodollars de Kadhafi sans se soucier du sort du peuple libyen, nombreux sont les régimes décadents d’Afrique qui pensent aujourd’hui que l’heure est arrivée de changer de veste et de se rapprocher du Cnt. C’est de bonne guerre après tout ! Pour cette raison, on assiste à une course-poursuite pour la reconnaissance de l’organe rebelle et chaque Etat africain veut être le premier à reconnaître les rebelles libyens comme «seuls représentants légitimes du peuple et des intérêts de la Libye».

On se rappelle encore la randonnée effectuée l’année dernière à Tripoli par le Premier ministre togolais et une délégation ministérielle. Selon les indiscrétions, ceux-ci s’étaient littéralement remplis les poches grâce à la générosité du Guide libyen. La mèche sera éventée par les journalistes qui accompagnaient la délégation et à qui on avait refusé le droit de bénéficier de cette magnanimité  du «roi des rois traditionnels d’Afrique». On apprendra qu’abusant de la générosité de l’hôte libyen,  les ministres auraient littéralement «dévalisé» les boutiques libyennes à telle enseigne que l’avion qui devait les ramener, avait dû abandonner une grande partie des marchandises dans le pays.

Le gouvernement togolais risque de se tirer une balle dans le pied

L’Union africaine (UA) a fait savoir vendredi qu’elle ne reconnaît pas le Conseil national de transition (Cnt) mais qu’elle encourageait toutes les parties en Libye à accélérer le processus de formation d’un gouvernement de transition inclusif. Selon Jacob Zuma, membre du Comité ad hoc sur la Libye, le Cnt ne représente pas un gouvernement «légitime», même si d’ores et déjà, vingt (20) pays africains, viennent de reconnaître à titre individuel, l’organe transitoire.

Kadhafi n’est certes pas un saint et ce serait une gageure que de cautionner ses méthodes brutes de conservation du pouvoir. Mais en décidant de reconnaître le Cnt, le Togo reconnaît et entérine implicitement l’arrivée au pouvoir par les armes. Sans le dire ouvertement, le Togo et les Etats africains qui ont reconnu le Cnt, viennent d’abolir la résolution de l’UA interdisant les prises de pouvoir par les armes. Mais savent-ils néanmoins que le malheur n’arrive pas qu’aux autres ? En tout cas, l’UA saura tirer les conséquences de ces prises de position le moment venu en ne s’érigeant plus en syndicat de défense des intérêts des chefs d’Etat africains contre leur peuple, lorsque ceux-ci, exténués par la misère, réclament le départ de ces bourreaux de la tête des Etats. Nous osons le croire, lorsque le moment sera arrivé où le peuple togolais légitime et souverain, exigera l’effacement du régime actuel, le pouvoir de Faure Gnassingbé saura tirer les conclusions qui s’imposent et vider le plancher.

Au plus fort des événements, lorsque les avions de chasse du Guide libyen bombardaient le peuple aux mains nues, aucune marque de compassion ni de soutien n’est venue de la part des pays africains qui se bousculent aujourd’hui au portail de Benghazi pour reconnaître un Cnt triomphant. Il y a mieux encore. Pendant que l’Occident et la communauté internationale dénonçaient l’usage disproportionné de la force par les troupes libyennes, le gouvernement togolais gardait le silence. Du côté de Lomé, on priait même afin que Mouammar Kadhafi arrive à bout de la révolution pour ne pas donner des idées aux autres peuples martyrisés d’Afrique. On ne s’est donc pas montré «vivement préoccupé par la situation de chaos généralisé » qui prévalait dans le pays. On ne s’est pas pressé de déplorer «le massacre des populations civiles, les nombreuses pertes en vies humaines et les violations massives des Droits de l’Homme» en Libye comme l’a fait plus tôt le gouvernement sénégalais avec un déplacement osé d’Abdoulaye Wade à Benghazi dans le fief des rebelles libyens.

Jusqu’à cette époque, il y avait encore possibilité pour le gouvernement togolais de prendre position et demander à Kadhafi et à ses fils de vider le plancher. Mais Lomé II n’a pas eu le courage de d’adopter une telle position et dire en face de Kadhafi qu’il était « vivement préoccupé par la situation de chaos généralis »  qui prévaut dans son pays et déplore les  «massacres des populations civiles, les nombreuses pertes en vies humaines et les violations massives des Droits de l’Homme».

Mais comment pourrait-il le faire quand on sait que le régime togolais a et de tous temps, usé de la même stratégie de terreur pour s’accrocher au pouvoir ? Faure Gnassingbé aurait pu, pendant que le régime de Kadhafi était encore débout, adopter pareille position qu’on ne crierait pas au scandale. C’est là où se manifeste le plus le caractère machiavélique du pouvoir de Lomé II.

Il aurait été judicieux pour le pouvoir togolais de garder le silence et laisser faire les choses ou, s’il faille coûte que coûte se prononcer pour ne pas être en marge de l’évolution de l’histoire, adopter l’habituelle et hypocrite position en déclarant que le Togo s’alignait sur la position de l’UA en attendant que la situation se décante. Mais on a décidé de cracher sur le cadavre du régime libyen encore tout chaud.

«Le gouvernement de la République Togolaise: – Vivement préoccupé par la situation de chaos généralisé qui prévaut actuellement en Libye;

– Déplorant le massacre des populations civiles, les nombreuses pertes en vies humaines et les violations massives des Droits de l’Homme», a laissé entendre le communiqué du gouvernement, reconnaît le Cnt comme seul représentant légitime du peuple libyen. On tombe des nues en lisant de telles inepties. Six mois, la crise inter-libyenne a duré six bons mois et durant toute cette période, on n’a vu traces du gouvernement togolais aux côtés du peuple libyen qui se faisait massacrer par les avions de chasse du régime Kadhafi. Il faut attendre que le régime Kadhafi chute et qu’il soit en lambeaux pour entendre Faure Gnassingbé dire qu’il a été très préoccupé par  «la situation de chaos généralisé» qui a prévalu en Libye. Vous y comprenez quelque chose vous? En tout cas, à notre niveau, on éprouve tout le mal du monde à suivre la logique du pouvoir de Lomé.    

Olivier A.

{jcomments on}