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D’pontre en pays Bassar: Ce qu’ils en ont fait

D’pontre en pays Bassar: Ce qu’ils en ont fait

Le centre-ouest du Togo est connu pour être l’une des zones de production d’ignames, tant en quantité qu’en qualité. La saveur de cette igname, notamment la variété « laboko » (très appréciée des Togolais), n’est pas le fruit du hasard: contrairement aux ignames produites à Sotouboua (un autre foyer) et dans le Kloto, les ignames de Bassar profitent de la teneur des sols en fer.

Le centre-ouest du Togo est connu pour être l’une des zones de production d’ignames, tant en quantité qu’en qualité. La saveur de cette igname, notamment la variété « laboko » (très appréciée des Togolais), n’est pas le fruit du hasard: contrairement aux ignames produites à Sotouboua (un autre foyer) et dans le Kloto, les ignames de Bassar profitent de la teneur des sols en fer.

C’est donc la nature ferrugineuse des sols qui confère ici aux tubercules leur saveur et en constitue le trait distinctif. Pour mémoire, les chapeaux de fer (c’est le nom scientifique) de Bangéli se distribuent sur toute la préfecture (tel le phosphate dans la région maritime); ils sont aujourd’hui une charogne aux mains d’exploitants-vautours-indiens de la société MM MINING, grâce à un soutien inconditionnel de valets locaux de Bassar.

1. Un élément d’histoire

Les fondateurs de Bassar (au sens historique), des fondeurs pour la plupart, ont très tôt compris l’importance et l’avenir de cette denrée ; ils vont commencer à «célébrer l’igname»; ils y ont consacré une journée, une fête, connue depuis sous le nom «D’pontre» ou «fête des « prémices ignames». Une parenthèse : l’expression « Igname en fête » que les rptistes de Bassar ont fait circuler par le passé (y compris sur les media publics) est vide de sens. Depuis quand une igname fête ? En langage structural de Vladmir Propp et autres, on dirait que «Le patient est devenu actant et l’actant est devenu patient»: si l’igname fête, c’est alors que l’igname va « manger les hommes», ce jour-là ! Rien n’est plus contraire à la vérité. Quand on ne connaît pas, il ne faut pas avoir honte de se renseigner. Ces distorsions de sens ne sont pas tolérables; ça n’honore pas. Nous, nous disons: en ce jour de «fête des prémices ignames», un seul tubercule est intégré à l’autel familial qui reçoit toutes les offrandes. Ce tubercule est presque déifié ; il est marqué d’«un noir» (couleur) qui colore et arbore tous les plats (la sauce est noire ce jour) et décorations, pour la circonstance. Les restes des repas seront conduits et enterrés dans le champ d’extraction de l’igname-symbole…puis tout change, dans le champ…le miracle s’opère… Rien n’est laissé au hasard ; il s’agit d’une cérémonie d’une grande piété. On en mesure la force du symbolisme: tout vient du champ (de la terre nourricière) et retourne au champ, tel le cycle de la vie! D’pontre, c’est dans le cercle familial.

2. Une troncation de la culture

Depuis un certain nombre d’années, des politiciens, en quête de postes, ont pris d’assaut ce qui appartient, en droit, au peuple bassar, c’est-à-dire son identité. Ils ont fait de D’pontre un folklore, une occasion d’exhibitionnisme, un moment pour se faire voir et remarquer, pour espérer, disons-le net, des «nominations». Ils se battent d’ailleurs pour occuper le poste de Président du Comité d’organisation. Le plus souvent, les comptes n’arrivent jamais, après chaque édition. Ce sont eux (non les chefs coutumiers) qui décident, depuis Lomé, quand le peuple doit fêter, et surtout le lieu, fixent les horaires, font ponctionner les pauvres paysans. Chez eux, on ne cotise que pour fêter, pas pour désenclaver une localité de leur isolat, pas pour supporter la scolarité d’enfants en difficulté, même si une initiative a démarré l’an dernier (un ami qui m’a visité la dernière fois chez moi à Boston, aux Etats-Unis où je vis, m’en a parlé). C’est dommage qu’ici on ne pose jamais le problème du développement du milieu. Et quand la coordination des jeunes pour le renouveau (que je représente aux Etats-Unis) en parle, ces cadres coupés de la réalité (je fais tout pour ne pas en arriver là, malgré les milliers de kilomètres !) s’en prennent à de pauvres innocents, les menaçant de mort. L’un d’eux a déclaré à un de mes amis, un vrai innocent, ceci: «tes jours sont comptés», tel un dieu. Un autre dit vouloir faire organiser des prières pour tuer les auteurs des présentes lignes. Quand on s’engage aux côtés de la vérité, on perd toute peur, et La Providence veille. C’est ça qui donne la «puissance» aux leaders des causes nobles, et la force aux esprits de lumière. Telle est notre conviction. Il est regrettable qu’ils n’aient jamais compris la portée de ce proverbe de leur terroir: «Les derniers cris (de désespoir) d’une chèvre qu’on abat n’ont jamais réussi à émousser la lame du couteau». Ils ont inventé des machins, qu’il appartient à la jeunesse de combattre aujourd’hui, pour les mettre devant leurs responsabilités par rapport à l’héritage qu’ils bâtissent, révéler à la face du monde ce que leurs représentants (préfets et maires notamment) font des biens et ressources de Bassar et Dankpen, de la prédation cultivée et entretenue depuis des dizaines d’années.

3. L’affaire d’apothéose

Une trouvaille: «Le Grand Bassar». Il semble que ce machin ait vu le jour quand mon camarade de classe, M. KONDIMANE, était préfet. Cette expression, comme celle relevée ci-dessus, est tout aussi vide de sens ; ce truc ne correspond à rien. Elle a sans doute été calquée, par analogie, sur le modèle du «Grand Bassam», une cité lacustre à l’entrée d’Abidjan, par la frontière ghanéenne ; la ville qui fut la première capitale de la Côte d’Ivoire, à l’époque française. Ce sont les moustiques qui en ont chassé les colons français, m’a-t-on dit lors de mon séjour en 2008, dans ce beau pays que j’envie. Ceux-ci construiront la deuxième capitale à Bingerville, avant de l’établir finalement sur son site actuel, au bord de la mer. Quelle relation avec Bassar? «Comparaison n’est pas raison», disait Etiemble, l’un des fondateurs de la littérature comparée. Le Grand Bassam n’est pas «une somme de Bassam(s)», mais une réalité anthropologique. Un de mes enseignants m’a appris ceci : une théorie nouvelle n’a de sens que dans la mesure où elle permet d’ouvrir des perspectives que ne le permettaient les théories en cours. Qu’est-ce que cette notion a produit, sinon des frustrations!

Seulement voilà! Comme à leur habitude, cette irréalité a été transposée sur le plan politique. Ce machin de «Grand Bassar» ne se réveille que pour dire aux Bassar (Konkomba et Bassar) de ne pas fêter le même jour. Il a fallu inventer ; la notion d’«apothéose» a vu le jour;  c’est le marchepied qui permet aux rptistes de récolter les tubercules de «labako»  et les chèvres (Ah! Les pauvres bêtes!), quartier après quartier, canton après canton, préfecture après préfecture. Faut-il le rappeler: chaque cultivateur doit donner un tubercule de son champ, et cotiser un certain montant, pour le bénéfice de quelques privilégiés. Un quota est imposé à tout fonctionnaire, juste pour une fête! Une fois la manne collectée, la mesure diminue au fur et à mesure qu’on avance vers les sommets: allez-y comprendre! Ainsi les pauvres font fêter les riches et remplir les coffres de leurs voitures… Il semble que certains se font même accompagner de voitures bâchées pour l’occasion. Un proverbe bassar dit pourtant: «Il ne sert à rien de chercher à augmenter la taille d’une montagne en y ajoutant des pierres»; la montagne se suffit elle-même, tels ces barons et ministres envoyés pour la fête. Ainsi apprend-on aux sages cultivateurs bassar, à leur détriment, la vérité contraire. Matthieu le disait déjà dans son Evangile: «A celui qui a, on lui ajoutera et il sera dans l’abondance; mais à celui qui n’a pas, on lui ôtera le peu qu’il a» (Références). Ils en arrivent même à «fêter à crédit», comme l’indiquent le rapport et la lettre d’invitation du Ministre Kondi Agba datant de 2002: l’homme appelait ses frères et sœurs à combler un déficit de 1,4 millions, après que les heureux élus eurent savouré champagne et grand vin. Les pauvres cotisants, jamais associés de près, étaient plutôt conviés, cette fois-ci, au plat délicieux de leur note salée. Tels ils sont ! Ils prennent tout du bas peuple, sans rien laisser en retour. Voilà ce qu’ils ont fait de cette fête de partage, où l’étranger est le bienvenu dans tous les foyers; où le succès ne se mesure qu’au nombre d’«invités surprise».

Et pourtant tout oppose les composantes de leur affaire de «Grand Bassar»: il est impossible de parcourir, en voiture, les 35km qui relient Kabou à Guérin-Kouka en moins de 2 heures! On parle du tronçon Bassar-Sokodé fait aujourd’hui de gîtes d’éléphants, totalement impraticable: il faut 3h pour parcourir 57km (le ratio est le même). La plupart de ceux qui ont fait l’expérience en sont revenus avec des pneus crevés et des carters cassés. Que dire de Bitchabé, coupé du reste du monde ? Ces farouches rptistes n’ont jamais pu faire comprendre la réalité amère que vivent «leurs populations» à leurs patrons-gouvernants. Il faudra bientôt des hélicoptères (ce n’est pas une utopie!) pour visiter certains coins oubliés du Togo. Mais loin de décourager les potentiels visiteurs, nous les prévenons, afin qu’ils prennent les choses avec philosophie. Une autre surprise les accueillera : ils verront comment on stoppe, nette, le bitumage d’une route en plein cœur de la ville. Voilà comment Faure Gnassingbé construit les villes du Togo. C’est ça aussi le trait distinctif!

Autrefois, il était coutume de voir entretenir les pistes et routes avant cette occasion de retrouvaille, le seul moment de l’année où Kabou, Guérin-Kouka, Bassar, Bangéli, etc., «ressemblent» à des villes, en l’espace de 48h au maximum. Malgré la présence de GER (la Grande Entreprise des Routes) dans la zone, rien n’y est fait, du moins jusqu’ici. Aujourd’hui, il suffit d’être du RPT pour se prévaloir de toute impunité et défier tout le monde. Ainsi le normalien-instituteur-inspecteur-Préfet SIKOU, et surtout le retraité-directeur – «Maire» de la ville, M. AMADOU Kodjo, ont tous «démissionné»; ils ont perdu le sens de la responsabilité devant les populations. Ils poursuivent ainsi l’œuvre de leurs prédécesseurs. A Kpankessi, c’est un citoyen ordinaire qui a donné une leçon à Monsieur le Maire, à la hauteur de l’Eglise des Assemblées de Dieu : l’homme a payé pour faire remblayer un tant soit peu la devanture de l’ancien député NABINE, l’actuel directeur de cabinet du Ministre des sports ; l’endroit ressemblait à la devanture du ministre Charles Kondi AGBA, il y a deux ans : même les vélos s’y embourbaient. Mais le Maire l’a-t-il compris? Il faudra attendre un autre bienfaiteur pour arranger la route pour le Ministre des transports.

A la veille de chaque fête, on m’a rapporté que ces militants convaincus du Rassemblement du Peuple Togolais se «rassemblent» (fidélité oblige!) pour «réfléchir»: des ministres et députés, bien endimanchés, narguent les populations, prennent d’assaut les lieux pour du folklore «populaire» (suivez bien nos regards!). Aucune discussion sérieuse, aucun débat, par conséquent aucune décision, aucune perspective ; on repart comme on est arrivé… Et après … on ouvre les coffres pour se faire servir… Il faut avoir beaucoup de chance pour obtenir ces fameux «bons d’ignames et de chèvres»! Il faut regretter que de leurs «journées de réflexions» séculaires, rien n’a point, à moins qu’ils réfléchissent depuis sur les moyens et méthodes pour cultiver la régression de ces préfectures: c’est la seule justification possible. De leurs bavardages mêmes, tout est oublié avant la rivière Kama, alors même qu’il est difficile de circuler même en ville, sur un rayon de 300m: tous les ponts du quartier Bikoundjiba, par exemple, qui abrite le quartier administratif où trônent le préfet et le maire, sont cassés au grand dam de ces deux responsables. Plus que jamais, on a besoin de gens qui pensent, pour panser les problèmes de la préfecture, et non des rompus à la gloutonnerie, des gens dont la bouche est plus près du ventre que du cœur. C’est la tâche qui attend la coordination des jeunes pour le renouveau.

4. Sur les entrées fiscales

Un employé de la Préfecture de Bassar nous a confié ceci: «Je ne sais au juste ce que le Préfet et le Maire de Bassar font des recettes municipales et préfectorales. Tous les millions que nous récoltons chaque semaine, sur les marchés de Bangéli (qui rivalise, en recettes, celui de Bassar), Kabou, Bitchabé, Bassar… ça disparaît… aucun ponceau … Binaparba est difficile d’accès». Binaparba, le village du ministre Ninsao GNOFAME. C’est dans ces conditions, d’ailleurs, que l’homme se prépare, dit-on, pour les législatives. Sans aucun doute, les voix de sa femme et de ses enfants suffiront valablement à faire de lui un élu du peuple togolais.

Les propos de ce jeune sont une peinture réaliste de la situation de la régie financière. De fait, tout le monde s’interroge sur la destination des recettes fiscales qui doivent être colossales. Et pourtant, l’inspection d’Etat, dirigée par leur GNANDI Kossi, y passe, dit-on, régulièrement pour de soi-disant contrôles inopinés. La compétence de cet inspecteur «s’éteint» à l’entrée de la ville. Il est difficile de comprendre comment le marché de Bassar, sur lequel ils ponctionnent les sous du jeudi au samedi, n’est même pas véritablement éclairé. Une revendeuse d’ignames  se plaint: «on nous vole les ignames que nous stockons d’ailleurs à ciel ouvert, faute de lumière pour éclairer nos dépôts ; nous sommes exposés à la pluie». L’ennemi de l’igname, c’est pourtant le soleil ; en bons bassar, Messieurs SIKOU et AMADOU le savent bien. Tout porte à croire que le principal ennemi, c’est les autorités locales, quand ce sont des natifs de la préfecture. Pourquoi ne pas mettre sous tutelle les entrées fiscales, confier la gestion des marchés de toute la préfecture à un cabinet sur une période de six mois au moins ? Cela permettrait de situer le niveau des recettes fiscales et d’entrevoir le financement des programmes de développement dans tous les cantons. Pour 100 tubercules d’ignames (une calebasse), le paysan paye 1000F pour le ticket. Et sur chaque calebasse qui quitte la ville de Bassar, une taxe est perçue, supérieure à la taxe ci-dessus (nous vous en faisons l’économie). Mais aujourd’hui, il est difficile de se rendre à Bikpassiba, Binaparba, Dimori, Bitchabé, comme de circuler dans le quartier Bikoundjiba, pour ne parler que du chef-lieu. Monsieur le Préfet et Monsieur le Maire, qu’en faites-vous ? Où investissez-vous ces sommes perçues? La population a besoin de voir « le retour sur investissement ». Transparence oblige!

Depuis les années 80 où le Préfet Atsou ASSOGBA a construit le centre de la ville, plus rien n’a été ajouté, depuis que des Bassar se sont succédé à ce poste, de TABIOU à l’actuel SIKOU, en passant par KABATE, TCHEDRE, KONDI, KONDIMANE, tous originaires de la préfecture. Une exception : le Colonel Ali Nadjombé est passé par là. L’homme avait pour mission de rétablir l’ordre public et l’administration, après les violences politiques qui ont conduit à des casses et ensanglanté la ville dans les années 90. L’homme aura eu le mérite d’avoir su pacifier la zone ; il a même  réussi, au temps du maire Gantin (ce maire n’est pas «saint» non plus) à faire adopter le plan d’urbanisation de la commune. Voilà pourquoi il faut condamner cette politique du régime RPT qui consiste à mettre à la tête des préfectures du Togo des natifs de la localité : un natif d’une préfecture devrait pouvoir faire ses preuves dans une autre préfecture. La plupart de ces préfets de Bassar l’ont été après leurs retraites ; on comprend qu’ils aient profité de ce poste pour «arrondir» leurs pensions de retraite. Et pourtant, «sous leurs pieds, la terre dégringole».

5. Une menace qui plane

Dans le cadre du bitumage de la route Kabou-Bassar, deux exutoires ont été construits pour l’évacuation des eaux en zone urbaine. Mais il se fait que l’exutoire n°2 – qui quitte le quartier Biyakpabé – au lieu d’être dirigé vers un point approprié (l’exutoire n°1 débouche sur une rivière) a été plutôt orienté vers une bonne partie du quartier à l’ouest. Conséquence : depuis la saison pluvieuse, une pluie d’un quart d’heure suffit pour inonder les maisons en aval et rendre ces maisons, les rues et pistes impraticables pendant un bon moment. Cet événement, sans précédent dans la vie des populations riveraines, risque d’être très préjudiciable pour ces riverains. Monsieur le Maire et le représentant du pouvoir central ne semblent pas préoccupés pour trouver une solution définitive : amener l’entreprise GER à prolonger l’exutoire n°2 jusqu’à un cours d’eau situé en aval (à pas moins de 700m), le même cours d’eau qui reçoit, en amont, les eaux de l’exutoire n°1. Voilà le rôle d’un Maire et d’un représentant du pouvoir central (puisque c’est ainsi qu’ils appellent le préfet): les deux regardent sans voir. Un point positif commun : on raconte qu’ils sont sympathiques, au sens étymologique: ils ne sont proches des populations que lors des décès : ils sont présents aux enterrements, avec chacun dans la poche une enveloppe kaki contenant quelques billets qu’ils distribuent à chaque enterrement.

6. Quel sens donner à cette valeur culturelle aujourd’hui?

A quoi sert une invention, si elle ne sert à rien? La seule cause que ce machin de «Grand Bassar» aurait pu servir, devrait consister à rendre préfets et maires du centre-ouest «responsables» devant les députés et ministres du coin ; les interpeller sur les points comme ceux ici rappelés (tous en sont conscients); leur fixer des objectifs à atteindre ; les amener à tenir un cahier de charges, et non les regarder, impassibles, dilapider les entrées fiscales. C’est ainsi qu’on sert un peuple ; c’est ainsi que la démocratie (s’ils y croient!) s’enracine à la base. Les journées de réflexion véritables devraient s’instaurer à cette occasion unique qu’est D’pontre, pour évaluer et distribuer des points aux préfets et surtout aux maires, totalement étrangers à leur mission. En Côte d’Ivoire, un maire, dans l’exercice de sa mission, porte à la base de son costume un drapeau qui ceinture tout son abdomen, y compris en présence de ministres. Un symbole fort! Les «présidents de délégation spéciale» (j’avoue que je n’y comprends rien!) au Togo ont plutôt les yeux tournés au ciel, sans jamais s’abaisser vers « les cités terrestres» qu’ils ont pourtant la lourde responsabilité de construire.

Voici venu le temps de libérer les populations pour qu’elles puissent fêter D’pontre dans la dignité, et librement ; de tuer cette affaire de «Grand Bassar». Quand nous en parlons, on brandit une réalité : la délégation officielle. Soit! C’est important certes; cela traduit en effet l’intérêt national pour les cultures locales. Mais pour deux préfectures (c’est-à-dire des entités étatiques ayant chacune à son sommet un «représentant du pouvoir central») qui célèbrent la même fête, pourquoi ne pas envoyer deux délégations, le même jour? A mon sens, «ça arrange», surtout que les coffres ne reviendront pas vides. Autre argument de taille: on demande aux uns de fêter samedi (leur apothéose), à d’autres dimanche, sachant pertinemment que pour être en poste lundi, il faut avoir quitté les lieux dimanche. Quelle contradiction! Leur histoire de «Grand Bassar» ne vaut pas l’«unique Kozah» où il est permis de s’absenter de son poste, en toute légalité, pendant une bonne semaine. Nos amis ne le comprennent pas. Il faut éviter de mettre les populations en conserve. Voilà le pas à franchir pour redonner à cette valeur traditionnelle séculaire son aura d’antan, tout en l’acclimatant à la modernité. La chefferie traditionnelle devrait retrouver sa place. Tout devrait partir d’eux et revenir à eux; les fêtes traditionnelles ne sont pas des rendez-vous de politiciens.

En attendant, je vous y invite, je vous souhaite, ami lecteur, une bonne fête de D’pontre, à Bassar, surtout que ça se passe en septembre (le samedi 3), où selon les termes d’un chanteur du coin, «les vacances à Bassar… les vacances en septembre, c’est très très amusant…». Amusons-nous! Ce jour, la gloutonnerie alimentaire est permise (on peut même en dépasser la dose prescrite); mais celle qui consiste à engloutir les biens publics, nous ne cesserons de la condamner. Cette cause, nous la défendrons toujours; «les chiens aboient, la caravane passe».

TIYAA LAABE

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