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Togo: Trois cartels de mafieux qui pillent le pays avec le label « Faure »

Togo: Trois cartels de mafieux qui pillent le pays avec le label « Faure »

Details : Quartier Nord Ouest de Lomé, le crépuscule de ce vendredi de la période électorale ordonnait vers 18 heures une visibilité approximative qui ne permettait plus d’observer nettement au-delà des 20 mètres. C’est le temps de la sortie des rois-sorciers. Deux grosses cylindrées venaient donc de s’immobiliser. L’un des occupants descendit avec une grosse mallette et monta chez son hôte qui l’attendait, le moteur toujours en marche. Il ressortira quelques minutes plus tard sans la mallette. L’affaire était réglée entre ce Directeur Général et ce ministre influent.

Details : Quartier Nord Ouest de Lomé, le crépuscule de ce vendredi de la période électorale ordonnait vers 18 heures une visibilité approximative qui ne permettait plus d’observer nettement au-delà des 20 mètres. C’est le temps de la sortie des rois-sorciers. Deux grosses cylindrées venaient donc de s’immobiliser. L’un des occupants descendit avec une grosse mallette et monta chez son hôte qui l’attendait, le moteur toujours en marche. Il ressortira quelques minutes plus tard sans la mallette. L’affaire était réglée entre ce Directeur Général et ce ministre influent.

Ailleurs, le complot contre la nation togolaise était plus sérieux. Quatre conteneurs estampillés appartenant à une grande société de l’Etat venaient de débarquer au port autonome de Lomé. Pas beaucoup de peine pour vérifier le contenu. Les consignes avaient été données sur toute la ligne. Les quatre conteneurs devraient contenir du matériel devant servir à l’électrification publique au Togo. Poteaux électriques et accessoires, en principe. Curieusement, il n’y avait que deux conteneurs qui étaient sérieux. Le contenu des deux autres était surprenant, rien à avoir avec l’électricité. Des meubles, des postes téléviseurs à écrans plasma, du matériel informatique, du matériau de construction devaient débarquer directement dans des magasins appartenant soit au Ministre qui avait passé la commande, soit à ses maîtresses. La douane aura été roulée dans la farine, les impôts on n’en parle pas et les bénéficiaires auront profité à plus de 500% sur le dos de l’Etat togolais.

Nous nous acheminons vers la fin de l’année 2010. Il faut rapidement mener des affaires pour se remplir les poches. Certaines dames engagent déjà des courses poursuites pour assurer la communication. Proches amies ou encore mieux maîtresses du président, elles sortent et entrent dans les couloirs des sociétés d’Etat pour avoir leur part de marché. Les marchés de Panneaux géants de ces sociétés, d’affiches pour les vœux, ainsi que d’autres supports communications pour la présidence, et les ministères et départements, calendriers, cartes, faires-parts etc. étaient confiés sans protocole, avec de montants faramineux fixés par elles mêmes et négociés depuis le sommet. L’argent est versé sans bon de commande pour la plupart du temps et le travail pourra être livré ou pas. Pendant ce temps des agences de communication régulièrement installées restent à grincer les dents sans aucun marché, et sont conviés pour des sociétés qui partagent leur sort d’aller voir ces dames influentes pour obtenir une part de ces marchés, même si c’est sur des tarifs assez dérisoires.

Dans la foulée, les acteurs et défenseurs de la croissance ne vont pas loin dans leurs rigueurs. Les gesticulations et autres fermetés perdent leurs ardeurs devant ces cartels et comme allant chercher de la laine, ces activistes de l’assainissement de l’économie togolaise reviennent tondus, ne pouvant combattre jusqu’au bout ou ayant obtenu au passage un cadeau impressionnant qui anéantit leur dynamisme.

Dans tous les secteurs de l’économie togolaise, il suffit qu’on le veuille, on pourra créer un entonnoir qui puisse distiller de l’argent au bénéfice d’un homme, d’une dame. Une complicité dont les retombées se partagent entre ces cartels maffieux.

Souvent, c’est le label « Faure » qui est mis en jeu, qui ouvre les portes et qui donne lieu à toutes les magouilles. Une réalité qui remet en cause la détermination du combat contre la corruption qui ne pourra jamais se mener au Togo, tant que le label « Faure » continuera à influencer le destin des sociétés d’Etat tant au niveau de l’entourage politique du président que de son entourage féminin.

L’administration Faure face à la question de la corruption

« Nous devons absolument optimiser nos ressources internes et pour cela nous devons combattre la corruption, le sabotage économique, le gaspillage, la gabegie », disait dans son message de vœu au gouvernement le Chef de l’Etat togolais, Faure Gnassingbé. Un discours qui à l’analyse est un vœu pieu et qui restera dans les placards de la théorie, puisque l’état des lieux sur le terrain est catastrophique.

En octobre 2009, la Cour des Comptes a été mise en place avec un collectif de personnalités aussi contrariées les unes que les autres. Plus d’un an après, la fameuse cour, qui devrait être une institution de l’Etat, n’a jamais traité un seul dossier lié à la corruption. Au contraire, elle semble encourager les méthodes de voyous qui s’opèrent pour la dilapidation des fonds publics. En exemple, le directeur général de Togotélécom, le sieur Sam Bikassam, soupçonné de graves malversations a été suspendu de signature. La plupart des journaux ont enquêté et débouché sur des conclusions inquiétantes. Il est resté en toute impunité à son poste avant d’être autorisé à apposer de nouveau sa signature sur des documents comptables. Sous d’autres cieux, une telle situation devrait obliger non seulement l’acteur impliqué dans la malversation à en avoir honte et à démissionner, mais aussi l’Etat à le mettre en examen pour des enquêtes. Mais, l’homme a recouvré ses droits sans s’en inquiéter et aucune enquête n’a jusqu’à alors permis de montrer si c’est lui qui avait raison ou si c’était l’Etat. Plus tard, ce sont des supputations qui faisaient croire que c’était un acharnement orchestré contre lui en raison de marché de Togotélécom que le sieur Bikassam aurait attribué à une autre dame du président, qui révolte les plus influentes et les plus décisionnelles. Celles-ci auraient voulu lui faire la peau. Encore une histoire de label Faure qui a semé la confusion dans ce secteur stratégique.

Dans ses nombreuses activités commerciales, une dame nommée Julie BEGUEDOU, se proclamant également proche intime du Président, en est arrivée à des dettes astronomiques envers la douane. Marc Bidamon, soucieux des recettes à atteindre, a été obligé de fermer les entreprises de cette fameuse maîtresse du Président. Tout feu tout bois, la dame Julie, mauvaise payeuse, a décidé de détrôner le DG de la douane, au nom de ses relations intimes avec le Président pour y mettre celui qui sera à même de fermer les yeux sur ses nombreuses magouilles. Son opération est en cours.

L’affichage des panneaux publicitaires à Lomé est régi par certaines règles établies par la mairie. Mais, depuis un certain temps, on assiste à la fixation d’un certain nombre de panneaux géants dont les promoteurs sont loin de passer par les normes réglementaires de la mairie de la ville. La Dame ATAYI, se proclamant aussi maîtresse du Président, se sert de son agence de communication pour influencer l’attribution des marchés de publicité et la fixation des panneaux. C’est la désolation totale chez les autres prestataires du même service.

Dans ces Cartels, plusieurs acteurs bénéficient de largesses avec les mêmes méthodes irrégulières. Ce qui n’est pas de nature à favoriser une certaine lutte contre la corruption. La preuve, la Commission anti-corruption a été relancée à maintes reprises par les Premiers ministres qui se sont succédés, mais les mêmes qui se sont acharnés pour relancer ce combat se sont retrouvés avec des biens indéfendables et ont été obligés de se taire, tranquillement.

ANALYSE DES TROIS CARTELS QUI PILLENT LE TOGO

Les Barons corrompus

Ils sont nouveaux ou anciens barons de la cour et ont la priorité de revendiquer le nom du Président Faure, associé à celui de son père Eyadéma et couronné par le RPT, pour prétendre s’accaparer de tous les biens du Togo. Ils influencent les prises de décision sur la composition des Conseils d’administration, des ministères, de sociétés d’Etat, en s’attachant à des considérations familiales et ethniques. Leurs méthodes sont diverses. Il y en a qui, pour des raisons sans fondement, appellent les Directeurs de société pour réclamer des dizaines de millions, prétendant rendre service au Président. L’exécution est souvent immédiate et puisque le fonctionnement des sociétés est poreux, le Directeur s’arrange toujours pour combler les vides. Un ministre influent du gouvernement actuel est le chef de file de ce courant. Il opère allègrement avec toutes ses ruses et toutes les facettes avec le label « Faure ». Dans l’entourage du Président, ces manœuvres sont connues et sues. Mais, l’homme et son pool puissant sait intervenir pour contourner le dispositif sécuritaire mis en place. C’est un courant qui est en parfaite concurrence avec le deuxième Cartel, les rénovateurs impuissants. Certains responsables d’institutions et des Directeurs généraux précités sont ceux qui opèrent dans ce business politique.

Les rénovateurs impuissants

C’est un groupe d’hommes et femmes, plutôt rompus à la tâche technique et moins goinfres que le précédent, qui mettent tous les moyens en œuvre pour réduire les manœuvres de magouilles et de malversations, de détournement, de gabegie qui s’opèrent et qui est dénoncé sur le plan national et international. Ce Cartel est composé d’éléments comme Adji Oteth Ayassor, ministre de l’Economie ou encore la Directrice de Cabinet, Dame Victoire Dogbé, et avec à sa tête le Premier ministre Gilbert Houngbo. Leur dispositif visant à empêcher le premier groupe n’arrive pas à être à la hauteur. On arrive, par des méthodes aussi sophistiquées les unes que les autres, à leur faire mordre l’hameçon en les impliquant dans des gestions peu orthodoxes. Ils se retrouvent dans des situations de facilité à gagner de l’argent ou à obtenir des biens et restent sclérosés dans leur marge de manœuvre. Ils sont donc tenus par une épée de Damoclès qui pend et qui les oblige à se maintenir dans une position de semi-détourneurs. Pour avoir eu des facilités de l’Etat dans la construction de son château d’Agbandi et son immeuble d’Agoué, pour être obligé de vivre sans empêcher l’attribution de certains marchés gré à gré, pour avoir été appelé à tirer des bénéfices et ristournes de certains conseils d’administration de sociétés, Gilbert Houngbo est tombé dans le piège infernal de la corruption qu’il cessera de combattre avec conviction. Il est dans ce cas classé parmi les rénovateurs impuissants qui végètent dans les manœuvres de mauvaise gestion du pays.

Les femmes puissantes

C’est le Cartel le plus puissant qui a des ramifications dans le premier. Il est composé de femmes influentes autour du Président, qui ont la confiance de ce dernier et qui sont connus de la plupart des opérateurs économiques comme des femmes ou maîtresses de président. Tout est permis. Si elles sont à la tête d’une société d’Etat, elles exagèrent dans les prises de décisions. Elles gèrent comme dans des épiceries pour rendre compte au gérant de l’entreprise. Le Chef de l’Etat. Les ministères de tutelle n’arrivent pas à les influencer. Comme mentionné plus haut, elles ont la main mise sur les marchés d’Etat. Communication, travaux publics, fourniture de bureau jusqu’aux rideaux, matériel et matériaux d’ouvrage sont confiés à ces puissantes dames. Là où se situe la corruption dans ce domaine est qu’elles fixent elles-mêmes les prix et obtiennent automatiquement ces marchés sans attendre comme les autres entreprises qui ne sont totalement payés qu’après livraison. Pire, c’est la pagaille totale dans l’exécution des marchés. Produits de mauvaise qualité mais à des prix très élevés. Il arrive qu’on laisse le marché local moins cher pour acheter plus cher à l’étranger au nom du monopole de ces dames. C’est le cas de Julie Béguédou, en question dans le dossier de fourniture d’engrais et autres produits chimiques.

La dame de Fer, Ingrid Awadé est le chef de file de ces dames influentes. De la rigueur, elle est capable d’en pratiquer même avec excès pour rafler des milliards qui ne sont pas nécessairement versés au trésor, mais qui peuvent servir à entretenir des actions et activités du président. Financement des communications et articles de presse à l’étranger en faveur de Faure ou de la campagne électorale ou encore achats de biens mobiliers ou immobiliers pour le Chef de l’Etat. Contrairement aux réseaux des barons qui ont une certaine solidarité à un niveau minimal, les femmes puissantes du président se livrent la guerre sur le terrain. Cette guerre affecte rigoureusement très souvent tout le reste de l’entourage Faure qui sont impliqués d’une façon ou d’une autre dans la protection de ces dames chez le président. Des Ministres, ou Directeurs généraux, mais aussi de simples commis, des officiers de l’armée, de police, de gendarmerie peuvent être sévèrement sanctionnées pour avoir défendu l’une ou l’autre de ces dames puissantes. L’économie togolaise en pâtit naturellement puisqu’à part ces trois cartels qui opèrent et qui contribuent négativement à la lutte contre la corruption, existent d’autres petits réseaux affiliés ou pas qui pompent rigoureusement l’économie togolaise, en toute impunité.

La responsabilité du Chef de l’Etat.

La bonne gouvernance d’un Etat nécessite un Chef d’Etat rigoureux et averti. Et sur ces principes, Faure Gnassingbé semble refléter les deux qualificatifs. Rigoureux, parce que depuis sa prise de pouvoir, la pagaille économique organisée par son père a connu une baisse. Averti parce qu’il a vécu pendant des années dans le palais de son père à observer toutes les facettes de magouilles, tous les mensonges servis pour sortir avec des millions et le système cahoteux d’attributions des marchés d’Etat. Au nom de cette expérience, il avait beaucoup de chance de combattre les cartels maffieux.

Ensuite, il y a plus important. Lorsqu’on est Chef d’Etat, on doit éviter de se confondre à la masse dans la recherche de l’argent. L’on doit être capable de rester nettement au-dessus de la mêlée pour frapper dur lorsqu’il y a une dérive. Mais au Togo, Le Chef de l’Etat est aussi bien dans les réseaux économiques que certains de ses collaborateurs. Pire, il y a des cas où le Chef de l’Etat est actionnaire en même que certains de ses conseillers ou ministres dans de grandes sociétés. Cela ne pourra pas obliger le président à prendre des décisions draconiennes si l’occasion se présente, étant devenu acteur et arbitre de la situation. Le Fonds d’Entretien Routier, Togotélécom, Progosa, la Résidence « Les Cocotiers » sont des exemples patents de la faiblesse du Chef de l’Etat dans la gestion des malversations, parce que dit-on, toutes les magouilles ont concouru à lui rendre service.

Enfin, l’influence, la puissance et la concurrence à rude épreuve des femmes qui gravitent autour du Chef de l’Etat constitue un paramètre non favorable à la rigueur et à la bonne gestion de l’Etat.

Carlos KETOHOU, Indépendance Express

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