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Togo: Une affaire d’escroquerie sème la zizanie au sommet de l’Etat

Togo: Une affaire d’escroquerie sème la zizanie au sommet de l’Etat

Une gigantesque affaire d’escroquerie internationale agite actuellement le sommet du pouvoir du Président Faure Gnassingbé du Togo. Il s’agit de ce que la presse togolaise, divisée sur, la question, appelle l’affaire Bertin Agba, du nom d’un milliardaire homme d’affaire togolais qui est détenu actuellement à la prison civile de Tsévié (localité située à 30 Km de Lomé).

Une gigantesque affaire d’escroquerie internationale agite actuellement le sommet du pouvoir du Président Faure Gnassingbé du Togo. Il s’agit de ce que la presse togolaise, divisée sur, la question, appelle l’affaire Bertin Agba, du nom d’un milliardaire homme d’affaire togolais qui est détenu actuellement à la prison civile de Tsévié (localité située à 30 Km de Lomé).

Le crime, une histoire d’escroquerie internationale montée et protégée par un homme d’affaires arabe du nom d’Abass Ibrahim Youssef met en jeu plusieurs acteurs. L’ancien PDG de Elf, Loïk Le Flok­Prigent, le Colonel Massina, patron de l’Agence Nationale des Renseignements (ANR), le Ministre Pascal Bodjona, le Président de l’Assemblée Abass Bonfoh, le Ministre des Mines et plusieurs autres sous acteurs. Du terrain civil, l’affaire prend une tournure politique avec des rebondissements dans la presse internationale et des dessous scandaleux qui révèlent une guéguerre autour d’un fauteuil présidentiel encore détenu par le fils de Feu Gnassingbé Eyadèma. Révélations puisées dans les milieux proches de l’affaire qui permettront sans doute d’apporter de l’eau au moulin à ce dossier et à l’opinion togolaise.

En juillet 2008, un homme d’affaire togolais Kabyè, ethnie du chef de l’Etat, Agba Bertin a été sollicité par un homme de confiance d’un investisseur émirati du  nom d’Abass Youssef. Le sieur Loïk Le Flock Prigent, ancien PDG de Elf, qui avait présenté la société de l’arabe comme une société de prospection de pétrole et de minerai, d’import et d’export de mobilier de promotion de l’éducation, de la santé et de développement demandait au togolais l’aide du transfert entre autres services d’une importante somme d’argent appartenant à l’ancien président ivoirien Robert Guéi. Des millions de dollars d’après les informations en notre possession. L’homme d’affaires togolais avisé a exigé la signature d’un contrat en bonne et due forme avec la société émirati Pilatus, avant démarrage de toutes activités. Ce qui n’a pas tardé à se faire dans les trois mois à suivre. Selon le contrat qui liait ces deux partenaires, la Société BIM du sieur Agba était le représentant agrée de la société émirati, Pilatus appartenant à Abass Youssef et devait l’aider à entrer dans les milieux relevant de ses compétences en affaire et en investissement à travers la sous-région. C’est ainsi que l’équipe des deux partenaires s’est déplacée dans plusieurs capitales africaines pour négocier des investissements dans les domaines du pétrole, des mines, de la téléphonie et beaucoup d’autres domaines. Le Togo, pays situé à l’ouest du Bénin n’a pas été épargné par cette visite de prospection. Elle a donc eu lieu aux bons soins d’un ami français du Togo, habitué des couloirs de la Présidence togolaise. La visite aura permis aux hommes d’affaires non seulement de brandir officiellement le motif d’intérêt pour investissement en pétrole et en minerais, mais aussi de poursuivre la transaction noire du trésor de Robert Guéi, déposée dans une certaine banque centrale togolaise vers le Ghana.

Togo, une visite pompeuse

La visite de l’Emirati au Togo, arrangée par l’ami français s’est déroulée dans une ambiance bon enfant. Au palais de la Présidence, Abass Youssef a confié au Chef de l’Etat qu’il venait investir dans les domaines exposés plus haut: pétrole, mines, éducation, santé, développement etc. Et comme il y avait des mobiles cachés à cette visite, l’homme d’affaires a réussi à mouiller tous les collaborateurs du Chef de l’Etat avec de petits cadeaux de grande valeur. «Certains, dont l’un des conseillers, nommé Tchouko est resté longtemps en contact avec nous dans le cadre d’un projet d’éducation dans son village», nous a confié un proche d’Abass Youssef qui nous a fait un certain nombre de révélations qui mettent, en cause le rôle joué par le Togo dans cette visite. La délégation de l’arabe a réussi à rencontrer successivement le Président de l’Assemblée Nationale, Abass Bonfoh, le Ministre Noupokou Damipi des mines et de l’énergie.

Bertin Agba qui se trouve être un frère de même village que le ministre Pascal Bodjona a voulu couronner son exploit en drainant l’imposante délégation au domicile du ministre de l’administration territoriale qui «l’avait félicité pour ses prouesses et ses efforts et qui avait convié les partenaires à s’intéresser au Togo», nous a confié la source proche de Youssef.

La plus importante partie de cette visite a été le séjour, aux soins du patron de l’ANR, le Colonel Massina, dans une des gigantesques cités de Lomé, de la délégation de l’arabe. L’homme a été traité avec les commodités dignes d’un Prince saoudien et c’est là que les choses importantes ont été sorties «M. Massina nous a joué un sale tour. Il a sollicité le soutien de notre patron pour des jours à venir, pendant lesquels il pourrait prendre la tête du Togo. Son patron ne maîtrisant pas la gestion du pays. Il nous a promis des gros marchés d’extraction d’or, de minerai et de pétrole, il sera reconnaissant, dans le cas échéant et surtout si nous l’aidons. Il nous a proposé beaucoup d’affaires, certaines ont été faites d’autres non, mais après, quand les difficultés ont commencé, il nous oblige à porter plainte pour escroquerie, il a monté un dossier de justice et nous a demandé l’accord de principe après nous avoir pris des dizaines de milliers de dollars», nous a confié un personnage clé dans l’entourage de M. Youssef. Celui-ci a expliqué que le Colonel Massina leur a facturé à prix d’or leur séjour dans la fameuse villa. Sécurité, restauration, hébergement, communication et même l’interprétariat. «Nous nous sommes rendus compte finalement que l’interprète en question était une maîtresse du colonel des renseignements qui était même venue à Dubaï obtenir d’autres faveurs du PDG Youssef» a expliqué le collaborateur visiblement très remonté contre le patron du service secret togolais.

Une escroquerie à double visage

Agba Bertin est connu sous l’ex président togolais Eyadèma Gnassingbé comme un fin affairiste qui réussit à crédibiliser ses coups même les plus flous avec des éléments qui convainquent. Dans ce dossier, l’homme d’affaire pourrait être convaincu qu’il s’agit -dans les services pour lesquels il était sollicité, d’une question d’escroquerie, puisqu’il a joué à un moment le rôle et la fonction du Ministre togolais de l’intérieur en lieu et place de Pascal Bodjona. Mais les pièces soumises à notre appréciation et les accords signés entre le Groupe saoudien Pilatus et la BIM de Bertin Agba relèvent d’une probité juridique tellement intrinsèque que Abass Youssef est aujourd’hui totalement confus. Les virements bancaires effectués à travers ces banques crédibles comme UBS ou Barclays ont été faits en paiements d’honoraires de consultations, répondants à des factures émises. Un contrat en bonne et dû forme lie les deux partenaires qui fait de l’un la société de prospection et de l’autre la représentation exclusive dans la sous-région ouest africaine. Pire, et c’est là où le sieur Bertin Agba a été extraordinaire, le patron du Groupe Pilatus aurait délivré une attestation reconnaissant que tous les virements bancaires effectués à l’endroit de Bertin Agba et de sa société ont servi au paiement des factures de prestations. C’est pourquoi les différents documents publiés par le compatriote Badarou du Magazine Managers qui nous a été également servis par l’entourage de l’arabe, relevaient tout simplement des motifs de consultations ou de location (consultance). Cela n’est en principe pas une preuve suffisante pouvant inculper l’homme qui passe déjà quatre mois en prison sans que le dossier ne soit instruit. Il semble que c’est la méthode au Togo d’interpeller les citoyens, de les détenir en prison pendant plusieurs années sans que le dossier ne soit instruit. Le propre frère du chef de l’Etat est dans ce cas, à ce jour et ce, depuis deux ans.

A la lecture de ce dossier, il est aisé de comprendre que l’arabe Youssef qui prétend venir décaisser des fonds d’un ex dirigeant ivoirien au Togo en effectuant des virements bancaires sous d’autres motifs aura organisé le crime et le protéger par des subterfuges et des artifices. Dans ce cas, il n’est pas du tout innocent. Il devrait être un habitué des dossiers d’escroquerie. Pour notre part, nous attendons l’instruction du dossier pour rendre public tous les documents qui compromettent la société Pilatus et qui ne l’autorisent pas à porter plainte contre quiconque dans ce dossier. De l’avis de certains avocats ayant pris connaissance du dossier il serait vide et une probable plainte contre l’arabe lorsqu’ils sortiront à la première instruction des documents compromettants et inédits.

C’est donc avec ce contrat aujourd’hui que l’émirati qui ne veut plus poursuivre cette mésaventure, ayant découvert que les fonds de Robert Guéi que lui proposaient le Nigérian et la dame Mounira, acteurs clés de la manœuvre ne sont que de la supercherie et il ne voudra pas, en plus de l’argent dépensé pour débloquer ces fonds sans succès, que son image soit ternie. Il se trouve aujourd’hui sous la coupe d’une double escroquerie. Celle de la bande au Nigérian et des autorités de l’Agence nationale des renseignements du Togo.

Dans le cas de Pascal Bodjona, la plupart des journaux locaux et des sites internet ont tôt fait d’annoncer son départ du gouvernement dont il est le porte-parole et son interpellation dans cette affaire. Pascal Bodjona, d’après la presse et l’opinion togolaises serait l’homme à tout faire du régime Faure. Tous les coups tordus pour déstabiliser l’opposition, les manœuvres électorales pour pérenniser la monarchie, la défense du parti du feu président et autres seraient ses spécialités même si dans ce dossier, il semble totalement absent des documents et toutes les transactions financières faites dans le courant de cette nébuleuse affaire. Son nom ne figure nulle part dans les virements, dans les contrats, dans les voyages et missions diverses publiées par le magazine Managers.

Aujourd’hui, est-il revenu dans de bonnes grâces après cette tempête? Nous ne saurions le dire.

Quand le fauteuil de Faure est menacé

De plus, il circule depuis quelque temps dans les milieux journalistiques togolais que le fauteuil de Faure Gnassingbé est vivement convoité, non seulement par son opposition incarnée par Gilchrist Olympio de l’UFC parti de l’opposition togolaise, mais aussi par des hommes de mains de ceux qui tentent constamment de se neutraliser. De sources confidentielles, le Col. Massina qui serait l’homme de la situation pour une transition militaire à la Guinéenne et qui aurait sollicité le saoudien et d’autres personnalités influentes pour sa cause ne verrait pas de bon œil, ceux qui sont les obstacles potentiels à ce projet qu’il serait en train de peaufiner avec des dirigeants d’un parti d’opposition. Pour ce fait, il lui faut se débarrasser de certaines personnalités qu’il considérerait comme des menaces potentielles. Parmi eux, Pascal Bodjona, à qui il attribue les mêmes ambitions, le Ministre de la sécurité Mohamed Titikpina et d’autres personnalités du régime actuel du Togo. Les proches de ce Colonel décrit par la presse et la société civile togolaise comme un tortionnaire proclament qu’aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années. «Le colonel Massina est l’homme de la situation il a un plan et il l’exécutera, pour le bonheur des togolais, assoiffés d’alternance politique, nous a confié un de ses hommes de mains». On sait que l’argent, l’information et les armes suffisent pour prendre le pouvoir. Et c’est ce qui manque le moins aux initiateurs de ce projet. Que reste-t-il donc? Déjà qu’il y avait eu des arrestations pour une affaire de coup d’Etat par le passé. Aujourd’hui, c’est dans une affaire d’escroquerie qu’on tente d’impliquer Pascal Bodjona. A se demander si ce n’est pas un plan bien élaboré pour mettre hors d’état de nuire, les cibles potentielles, histoire de balayer sa route. 

Quotidien Nokoué N° 01885 du lundi 18 juillet 2011 (www.quotidiennokoue.com)

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