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Crise belge: Le roi s’énerve

Crise belge: Le roi s’énerve

À la veille de la fête nationale belge du 21 juillet (jour de la prestation de serment du premier roi des Belges en 1831), et alors que la crise politique que traverse le pays depuis le 26 avril 2010 est plus inextricable que jamais, Albert II s’est un tantinet énervé.

À la veille de la fête nationale belge du 21 juillet (jour de la prestation de serment du premier roi des Belges en 1831), et alors que la crise politique que traverse le pays depuis le 26 avril 2010 est plus inextricable que jamais, Albert II s’est un tantinet énervé.

Dans son discours au pays diffusé aujourd’hui à 13 heures, le roi a lâché: «je suis affligé par la plus longue durée, de mémoire d’homme, de formation d’un gouvernement». D’habitude consensuel, le discours du roi a été cette fois mordant : manifestement lassé par l’impossibilité de parvenir à un accord de gouvernement avec les nationalistes flamands, il s’en est pris à la classe politique, mais aussi aux citoyens.

Albert II a d’abord rappelé ses prérogatives, pour parer aux critiques que ne manqueront pas susciter son discours, surtout en Flandre. «Un célèbre constitutionnaliste anglais, Walter Bagehot, précisait les prérogatives de la monarchie constitutionnelle comme suit : le droit d’être informé, le droit d’encourager et le droit de mettre en garde. Ces derniers mois, dans mes audiences, j’ai beaucoup utilisé les deux premières prérogatives: être informé et encourager. Avec vous, je voudrais à présent faire usage publiquement, en toute transparence, de la troisième prérogative : le droit de mettre en garde».

«Je ne serais donc pas fidèle à mon rôle, si je ne rappelais pas solennellement les risques qu’une longue crise fait courir à tous les Belges, et si je n’exhortais pas à nouveau tous les hommes et toutes les femmes politiques, et ceux qui peuvent les aider, à se montrer constructifs et à trouver rapidement une solution équilibrée à nos problèmes».

 Pour Albert II, «la durée de cette crise suscite (…), dans une grande partie de la population, de l’incompréhension vis-à-vis du monde politique qui n’apporte pas de solution aux problèmes. Cela risque de développer une forme de poujadisme qui est dangereuse et néfaste pour la démocratie». La N-VA indépendantiste de Bart De Wever ne pourra que se sentir visée… Mais les politiques ne sont pas les seuls responsables de la crise selon le roi: «les citoyens ne doivent pas seulement exhorter leurs représentants à prendre les décisions courageuses qui s’imposent. Ils doivent aussi s’efforcer de favoriser une meilleure entente entre nos communautés en faisant des pas concrets vers l’autre, en parlant sa langue, en s’intéressant à sa culture, en essayant de mieux le comprendre. C’est là une forme importante de la citoyenneté moderne». En clair, aux Belges de reconstruire des ponts entre les deux parties du pays s’ils veulent qu’il survive.

Le roi des Belges juge que les enjeux de la crise belge concernent toute l’Europe, ce qui est peut-être une façon d’appeler l’Union à s’intéresser de plus près à ce qui se passe dans son pays: «un des atouts importants de la Belgique, depuis la Seconde Guerre mondiale, est son rôle au sein de l’Europe. Cela nous a valu de devenir de fait, comme pays, la capitale de l’Europe et de jouer un rôle moteur dans cette formidable aventure qu’est la construction européenne. Notre pays, avec sa diversité culturelle, était considéré d’une certaine manière comme un modèle pour l’Union européenne. Notre situation actuelle crée de l’inquiétude auprès de nos partenaires, et pourrait endommager notre position au sein de l’Europe, voire l’élan même de la construction européenne déjà mis à mal par les eurosceptiques et les populistes.» Une devinette: lequel de ces qualificatifs qui émaillent le discours du roi vise Bart De Wever: « poujadisme », « eurosceptique », « populiste »? Les trois?

Jean Quatremer

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