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Togolais du mois: François Akila-Esso Boko, ancien ministre et expert UE

Togolais du mois: François Akila-Esso Boko, ancien ministre et expert UE

François est né le 29 janvier 1965 dans les montagnes de Tchitchao, dans un petit canton perdu à dix kilomètres de la ville de Kara.

Né d’une famille modeste et nombreuse, son père, sous-officier de gendarmerie l’a certainement influencé. Les affectations successives sur tout le territoire national que son père a connu durant son parcours professionnel, a permis à ce jeune garçon de découvrir très tôt les richesses et la diversité culturelle de son pays et de relativiser la vie.

François est né le 29 janvier 1965 dans les montagnes de Tchitchao, dans un petit canton perdu à dix kilomètres de la ville de Kara.

Né d’une famille modeste et nombreuse, son père, sous-officier de gendarmerie l’a certainement influencé. Les affectations successives sur tout le territoire national que son père a connu durant son parcours professionnel, a permis à ce jeune garçon de découvrir très tôt les richesses et la diversité culturelle de son pays et de relativiser la vie.

Il débute ses classes maternelles en 1969, à Sokodé dans une ville au nord à 300 km de Lomé, puis ses études primaires deux ans plus tard à Kpalimé, dans une ville au sud-ouest du Togo en 1971. Depuis lors, son parcours scolaire est mouvementé: de Sokodé à Kpalimé en passant par Lomé, Bassar, Dapaong, Aného, il suit son père dans les différentes affectations professionnelles avant que celui-ci ne prenne sa retraite en 1978 et ne s’installe définitivement à Sokodé.

Il apprend par son père que la famille du soldat fait partie de son pacage. Après l’installation de son père à Sokodé, le jeune Boko poursuit ses études secondaires dans cette belle ville du Togo qui lui aura tout donné.

Pour subvenir à ses besoins scolaires, il travaille auprès de certains expatriés le week-end. Il rencontre à 13 ans un américain, Steve GROGOZA, qui vivait dans la maison de son père à Sokodé, qui lui ouvre les portes du reste du monde. Cet américain avec qui il a gardé des relations pratiquement familiales est devenu avocat. En 1979, alors qu’il était en classe de 5ème, cet américain qui travaillait sur un projet hydraulique est obligé de quitter le Togo parce que le gouvernement d’alors aurait détourné une partie des financements de l’Union européenne et qui aurait permis de creuser les puits en question. Quelques mois plus tard, il travaille dans une famille allemande installée à Sokodé, ce qui lui permet de faire face à ses besoins scolaires.

Lorsqu’en 1981 il obtient son BEPC, il choisit de se présenter au concours du collège militaire de Tchitchao qui lui permit d’y entrer et de faire prendre en charge ses études par l’Etat. En 1984, il obtient son baccalauréat et choisit de présenter le concours de Saint-Cyr, après une préparation de quelques mois assurée par l’Université du Bénin (actuellement, Université de Lomé). Il réussit à ce concours et entre dans la prestigieuse Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr, dans la lande bretonne, Coëtquidan. Il en garde un grand souvenir et a tissé des amitiés dans l’armée française qu’il a mises au profit de son pays. Il est admis à l’école des officiers de gendarmerie de Melun.

Revenu au pays en 1988, il travaille comme Lieutenant de gendarmerie et assure plusieurs formations à des militaires de la gendarmerie, à l’école nationale de la gendarmerie, au centre national d’instruction à Kara, à l’école des sous-officiers de Témédja et dans plusieurs casernes des forces armées, où il diffuse avec l’appui du CICR, les enseignements du droit international humanitaire à ses frères d’armes.

Il fut influencé confiera-t-il par Marguerite CONTAT, responsable à l’époque du CICR à Lomé, avec qui il a géré les manifestations publiques à Lomé en 1991, suite à l’attaque de la primature, orchestrée par les militaires à la solde du régime Eyadema.

Là commence certainement son goût, son attention particulière pour la question des droits de l’homme et se spécialise comme expert du CICR en droit des conflits armés. Ce qui lui ouvrira plus tard les horizons de l’Institut international de droit humanitaire de San Remo (Italie) où, de 1999 à 2003, il assure des cours à des officiers francophones admis dans cet institut. Il réalise aussi plusieurs consultations pour le compte du CICR au Mali, au Niger, où il participe à la formation des parlementaires de l’UEMOA sur le Droit International Humanitaire.

Mais entre temps, après avoir travaillé cinq ans durant comme Lieutenant de gendarmerie, de 1988 à 1993, il est mis en disponibilité à sa demande en octobre 1993 en vue d’assurer ses études à l’Université de Paris I – Sorbonne, d’où il était déjà titulaire d’une maîtrise.

Ainsi, de 1993 à 1998, il s’assure successivement, en 1994, un Diplôme d’Etudes Approfondies, puis en octobre 1997, un doctorat en science politique. Il présente une thèse sous la direction du Professeur Charles ZORGBIBE, qu’il obtient avec la mention ‘‘Très Honorable, avec les félicitations du jury », intitulée: «La problématique prétorienne dans la construction de l’Etat de droit en Afrique Noire francophone».

Nanti de ce diplôme, il entre dans la prestigieuse Ecole de Formation du Barreau (EFB) de Paris, où, en 1998, il obtient le Certificat d’Aptitude à la Profession d’Avocat (CAPA). Ce parcours universitaire n’aurait pas été possible si François BOKO n’avait pas rencontré sur son chemin, grâce à des amis, Madame Michèle SWANG-GRAILLOT, qui décide d’octroyer une bourse FAC à ce jeune officier, rentré de France pour enterrer son père décédé en juin 1994.

Dans sa résidence estudiantine d’Antony, il fit la connaissance d’une jeune antillaise avec qui il forma un couple et donna naissance à un garçon. Celle-ci se décide de le suivre partout et même dans les risques qu’il prenait pour sa vie. C’est ainsi qu’elle le rejoint à la fin de ses études universitaires avec leur fils en décembre 1998 pour une vie casanière au camp de la gendarmerie dans une petite villa.

Après ses études universitaires, François BOKO rentre au pays en mai 1998. Très vite, il entre en conflit avec certains de ses chefs, qui s’évertuent à persister dans des anciennes méthodes. En juin 1999, le conflit est ouvert et Feu Eyadema a du mal à arbitrer entre un de ses fidèles serviteurs, chef des basses besognes et un officier qui lui promet la réhabilitation de son régime, grâce à de nouvelles méthodes. Ce conflit atteint son paroxysme le 14 juillet 1999, lorsque la villa où loge la famille BOKO est perquisitionnée et fouillée sans le moindre respect de la procédure pénale, sous de fallacieux prétexte de recherche de munitions et d’armes cachées par ce dernier. La perquisition n’ayant rien donné, BOKO ouvre l’épreuve de force avec son chef qui avait ordonné cet acte et les généraux s’y obligent en le sortant de la gendarmerie en septembre 1999 pour le détacher auprès du Ministre de la justice comme Conseiller juridique.

Dans ce ministère, il découvre un autre environnement, s’y adapte et ouvre d’autres chantiers relatifs à la réforme du système judiciaire togolais. Il travaille et réoriente le «Projet d’appui à l’Etat de droit et au renforcement des capacités judiciaires du Togo», projet financé par la France. Il réussit à mettre fin au système du juge unique et arrive à convaincre le gouvernement d’ouvrir la quasi-totalité des juridictions des parquets d’instance. Il initie l’ouverture de la deuxième cour d’appel à Kara comme moyen permettant, non seulement de rapprocher l’appareil judiciaire du justiciable, mais aussi d’assurer la présence fort dissuasive d’un corps de magistrats dans cette partie du pays, où les atteintes aux droits de l’homme orchestrées par le fameux Ernest GNASSINGBE étaient monnaie courante. En synergie avec les partenaires au développement, il tentait en vain de les convaincre de la nécessité d’une deuxième cour d’appel à Kara, conformément à l’ordonnance 1978 jamais appliquée par le gouvernement et pour cause. Durant la même période, il réussit à convaincre l’Union Européenne, grâce à l’oreille attentive de Monsieur Philippe Van DAMME, d’initier un projet pour humaniser les prisons togolaises: le PAUSEP (Programme d’appui d’urgence au secteur pénitentiaire). Il trouve sa source et envisage une réforme du système pénitentiaire avec à la pointe une régionalisation qui distingue les maisons d’arrêt des prisons. Ce projet ambitieux, outre son volet ‘‘humanisation » avait pour objectif de préparer la réinsertion sociale des prisonniers à travers des apprentissages qui seraient assurés dans les prisons aux personnes condamnées à une peine définitive. Ainsi, grâce à l’appui de la coopération et de l’Union Européenne, François BOKO s’épanouit dans ses nouvelles responsabilités de Conseiller juridique auprès du Garde des Sceaux, Ministre de la justice et réussit à mettre la machine judiciaire du Togo dans une perspective de réforme.

En 2002, son espoir et son ambition s’estompent lorsque successivement tous ses partenaires avec lesquels il partageait les mêmes objectifs sont amenés à quitter le pays parce qu’en fin de mission : Messieurs Henri Luc THIBAULT, Richard MOUTHUY, Philippe Van DAMME et tant d’autres d’ailleurs sont ceux avec qui il partageait des perspectives plus prometteuses de réforme de l’appareil judiciaire.

En décembre 2002, il est surpris par sa nomination au poste de Ministre de l’Intérieur, de la sécurité et de la décentralisation par le Général Eyadema, qui lui donne pour mission de gérer ce département dans l’optique de rendre service à la Nation et de présenter une autre image de la sécurité en garantissant l’exercice effectif des libertés publiques. En tout cas, telle a été la lecture faite pas François BOKO de sa nomination à ce poste sensible. Pendant six mois, il travaille à assurer au régime Eyadema une respectabilité en cherchant surtout à le concilier avec le suffrage universel.

Mais les challenges sont difficiles à relever. Eyadema a promis aux togolais de ne plus se présenter en 2003 et de ne pas modifier la Constitution. Les faucons du régime ne l’entendent pas de cette oreille et l’y obligent. La Constitution est modifiée et le code électoral également et le chemin semble être balisé pour le triomphe d’Eyadema avec la caution de celui qui jusque-là pouvait se prévaloir d’une virginité politique.

La Constitution est instrumentalisée et François BOKO se prête à ce jeu qui constituera l’un de ses premiers passages sombres dans sa nouvelle carrière politique. Après l’élection de juin 2003, il est reconduit au gouvernement et tente de retrouver sa technicité à travers plusieurs chantiers de réforme qu’il ouvre dans son département.

Il entreprend d’ouvrir les perspectives d’un développement politique à travers l’enracinement de la démocratie à la base, qui passe par la consolidation de la décentralisation. Il est suivi par les partenaires en développement qui voient l’occasion unique de renforcer la démocratie et de moderniser l’Etat. Il est incompris cependant par l’opposition qui voit une manière fine de détourner son attention sur les questions essentielles. « La démocratie n’est ni à la base, ni au sommet. La démocratie c’est la démocratie », lui réplique les extrémistes ou les radicaux de l’opposition qui refusent de répondre à son appel. N’empêche, ce projet aboutit à un atelier au début du mois d’avril 2004, qui accoucha d’un programme national de consolidation de la décentralisation au Togo prévu pour être exécuter sur cinq ans et qui ambitionnait une communalisation intégrale du territoire national et une vie institutionnelle aux cinq régions du pays, avec à la pointe, des élections municipales et régionales. Les avant-projets de texte rédigés par les experts du PNUD et de l’Union Européenne, en collaboration avec les experts nationaux étaient en étude sur la table du gouvernement quand le Président Eyadema décéda.

Un autre chantier très ambitieux que François BOKO décide d’ouvrir fut celui de la lutte contre le trafic illicite des drogues. Chantier qui lui valut tant d’ennuis qui devaient le décourager à poursuivre son combat pour la réhabilitation du Togo dans la lutte internationale contre les stupéfiants.

Il initia l’Office central de répression des drogues et du blanchiment et promit une lutte sans merci aux grands trafiquants en vue de démanteler des réseaux mafieux. Sur ce point et sur les résultats obtenus, François BOKO a toujours préféré garder le silence pour garantir la confidentialité nécessaire à assurer le succès dans ces genres de projets. Toujours est-il que, en un an, grâce à ses initiatives hardies, le Togo a su éviter que ce territoire continue de servir de plaque tournante à des trafics de drogue. Pour compléter le dispositif de cette lutte, François BOKO initie et obtient non sans difficultés, la création de la Direction générale de la documentation nationale, dispositif chargé de gérer les questions d’immigration dans l’optique, non seulement d’assurer la sécurité des documents de voyage, mais aussi de participer grâce au système de traçabilité à la surveillance des frontières togolaises et des circuits financiers.

C’est dans tous ces dossiers que naviguait non sans mal le Ministre BOKO, au moment où le Chef de l’Etat décède. Pour lui, cette disparition, en même temps qu’elle ouvre des incertitudes, était l’occasion unique pour réconcilier ce pays et le placer définitivement dans une perspective d’ouverture vis-à-vis des partenaires en développement et de la communauté internationale.

Tous ceux qui ont eu la chance de connaître et de fréquenter cet officier de la gendarmerie nationale, savent qu’il est têtu et plein de conviction au point de donner l’impression qu’il ne mesure pas les risques qu’il prend. Mais ce n’est qu’une impression puisque ceux qui le fréquentent savent «qu’il réfléchit beaucoup avant d’agir» cf. Combat du peuple du lundi 25 avril 2005.

Pour lui, le temps de la réflexion doit être assez long pour que l’action soit brève mais efficace. A présent, qu’envisage cet enfant prodige de Tchitchao? Jeter définitivement l’éponge pour se consacrer à sa famille, ou prendre du recul pour mieux ouvrir d’autres perspectives?

Pour des raisons de sécurité, les autres acteurs encore présents sur le terrain qui ont permis à François BOKO de s’épanouir dans sa vie professionnelle ne seront pas cités.

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